UN ENSEIGNEMENT NOUVEAU
Tb 11, 16-18 ; Lc 5, 29-39
(11 septembre 2008)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, tous les évangiles nous montrent que l'hostilité des pharisiens et bientôt celle des prêtres et des scribes à l'égard de Jésus et de son enseignement a commencé très vite. Nous sommes encore au début de l'évangile de saint Luc et déjà nous voyons les pharisiens à deux reprises s'en prendre aux disciples de Jésus sur la manière dont Jésus se conduit. Il faut reconnaître que Jésus va contre des idées établies. On considère dans les milieux juifs de cette époque que les publicains, qui n'étaient pas des collecteurs d'impôts, des fonctionnaires, mais plutôt représentaient une sorte de gang, étaient des gens intouchables, des personnes infréquentables et qu'on ne pouvait pas s'approcher d'eux. Et voilà que Jésus appelle un publicain que Luc, sans doute par délicatesse appelle Lévi, mais que Matthieu dit qu'il s'appelle Matthieu, et qu'il est lui-même, Jésus appelle un publicain et lui dit : "Suis-moi". Et Jésus va en faire un des douze. Il faut reconnaître que Jésus semble faire exprès de heurter la sensibilité des gens qui l'entourent, et effectivement, je crois que Jésus a quelque chose à dire qui exige une sorte de rupture dans les habitudes de pensées.
Ces hommes croient qu'il y a les justes, c'est-à-dire eux-mêmes, donc les autres et en particulier les publicains bien sûr. Jésus montre que le dessein de Dieu est d'appeler tous les hommes au salut, pas seulement les justes, mais aussi les pécheurs. Je dirais même d'abord les pécheurs, du moins ceux qui se reconnaissent tels, qui savent s'approcher la tête basse du Seigneur, à la différence des justes qui s'enorgueillissent de leur vertu et de la promènent avec ostentation.
Ce n'est donc pas au hasard que Jésus a choisi un publicain, Matthieu pour être son disciple pour être l'un de ses apôtres. La suite du texte montre une deuxième intervention des pharisiens auprès des disciples de Jésus qui a trait cette fois-ci non pas au repas que Jésus prend avec le publicain Matthieu et ses invités, mais qui tourne autour de la question du jeûne. Jésus ne se contente pas de s'asseoir à la table des pécheurs, et de fréquenter des gens que les autres considèrent souvent comme méprisables, mais Jésus avec ses disciples ne semble pas pratiquer une pénitence dans la nourriture et la boisson comme le font les pharisiens ou d'ailleurs aussi les disciples de Jean.
Jésus rétablit là aussi la vérité. Le jeûne n'est pas une pratique qui serait nécessaire, mais le jeûne est un signe de l'absence de celui qu'on aime. C'est quand l'Époux, le Christ est absent que les disciples doivent jeûner. Tant qu'ils ont le Christ avec eux, ils ne peuvent que se réjouir. Le jeûne n'est donc pas une pratique qui s'impose de manière habituelle, mais c'est l'expression d'une souffrance intérieure, d'une souffrance morale, très particulièrement de l'absence du Bien-Aimé. C'est pourquoi nous dit Jésus : "Quand l'Époux leur sera enlevé, allusion à sa mort sur la croix, alors les disciples jeûneront". C'est la tradition véritable du jeûne dans l'Église.
La conclusion est claire, Jésus vient apporter un air nouveau. Son enseignement n'est pas la simple répétition traditionnelle, des idées toutes faites, il remet toutes choses en place, et il nous invite à une nouveauté qui est la nouveauté du salut. C'est pourquoi on ne raccommode pas les vieux vêtements avec une pièce neuve, on ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres, il faut que notre cœur soit proportionné à ce message d'amour, de réconciliation, de pardon et de miséricorde que le Christ est venu nous apporter et qui nous fait radicalement changer dans notre relation avec Dieu, ce qu'on appelle notre religion.
AMEN