LES PLEURS DU CHRIST
Ga 6, 7-10 ; Lc 19, 11-27
(30 octobre 2007)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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rères et sœurs, dès l'origine du christianisme, dès le deuxième siècle déjà avec saint Justin, des textes comme ceux que nous venons de lire,dans lesquels Jésus annonce la destruction de Jérusalem, Il annonce qu'il va y avoir des retranchements, des palissades qui vont être dressées. Dès ce deuxième siècle, les premiers chrétiens ont toujours vu à travers cette annonce, le siège des Romains, de 70 à Jérusalem. Il y a toute une tradition patristique que l'on retrouve encore dans certaines homélies de saint Grégoire le Grand, dans laquelle on a une lecture extrêmement historique et historicisante de ce passage. En fait, le Christ annonce tout bonnement la chute de Jérusalem quelques années après parce que les juifs n'ont pas su découvrir et accepter Jésus.
Si nous continuons à laisser notre esprit vagabonder dans les différents passages de l'évangile, notre esprit n'est pas uniquement saisi par cette annonce de Jésus comme une annonce prophétique, notre esprit est aussi saisi par les pleurs du Christ. Et là nous nous remémorons dans l'évangile selon saint Jean, ce moment où alors que le Christ avait laissé un peu traîner les choses parce qu'on l'avait prévenu que Lazare était malade, Jésus était en train de palabrer et il remettait de jour en jour son départ vers Lazare, et entre-temps, Lazare meurt ! Nous avons ce passage très émouvant dans lequel Jésus pleure devant le tombeau de son mai. Les juifs se font cette remarque : "Voyez comme Jésus l'aimait".
Pour certains d'entre vous, les pleurs de Jésus sur le Mont des Oliviers renvoient à une autre figure biblique, le roi David qui pleure parce que Absalom son fils l'a trahi, il veut prendre le pouvoir et David est obligé de s'exiler au désert. Nous avons là à travers cette figure d'un père et d'un fils, une méditation à faire sur le sens de la chute de Jérusalem. Il n'est pas vrai que Jérusalem devait être détruite dans le plan de Dieu, je ne le crois pas. Je crois au contraire que les pleurs de Jésus sur Jérusalem sont des pleurs d'un père sur son fils, de quelqu'un qui est là pour proposer un plan, un rapport de filiation, et d'un père qui se heurte à la liberté de son enfant. Contre cette liberté le roi David n'a pu rien faire, et contre la liberté de son peuple choisi, Jésus ne peut rien faire.
Continuons à méditer sur une autre partie de cet évangile que nous venons d'entendre. Jésus est là au-dessus du Mont des Oliviers, et il y a cette descente, au fond du Cédron, et la remontée vers le temple de Jérusalem, et Jésus rentre dans le Temple. Un nouveau sacrifice y est instauré comme par avance. Là aussi, c'est une annonce prophétique de Jésus qui en faisant sortir du temple les colombes et les marchands, annonce ce nouveau sacrifice. Le sacrifice, ce n'est plus la créature qui est sacrifiée au profit du créateur, c'est le créateur lui-même qui se sacrifie pour sa créature. Le Christ vient lui-même se sacrifier, donner une fois pour toutes, sa vie pour l'humanité. La deuxième chose, c'est que ce sacrifice sera repris aussi à travers la Parole de Dieu. Dans ce passage, ce que le Christ fait et nous laisse, c'est son sacrifice, sa vie et sa parole, une parole de vie qui va jusqu'à captiver le peuple qui ne comprend peut-être pas toutes les paroles de Jésus, mais qui est fasciné, et comme le dit l'évangéliste, suspendu aux lèvres de Jésus comme si la vie en dépendait.
Frères et sœurs, que faire avec ces petites promenades que nous avons faites entre les différentes parties de cet évangile ? Ce que l'évangile de ce jour nous invite à méditer, c'est que malheureusement, nous ne cédons que rarement face au siège de la Parole de Dieu. Peut-être que Dieu est trop patient, Dieu est trop doux, Dieu est trop gentil avec nous, et très souvent, il faut la brutalité d'un siège, comme les Romains contre les juifs, pour que nous acceptions d'ouvrir notre cœur à Dieu. Nous aimons bien entendre la parole de Dieu, nous sommes même peut-être quelquefois comme ce peuple, trouvant que cette parole est jolie, intéressante, qu'elle nous touche. Il faut bien reconnaître qu'elle nous touche souvent en surface et qu'il y a encore une résistance dans notre cœur qui fait que nous n'acceptons pas encore de nous rendre à Dieu. A ce moment-là, Dieu est comme Jésus, face au temple et il pleure parce que sa bonté, sa patience n'arrivent pas à avoir raison de la dureté de notre cœur. Il faut des événements que Dieu ne veut pas pour Israël, ni même pour nos, il faut des événements durs, difficiles, terribles, traverser la souffrance, la mort pour qu'enfin ce siège aboutisse et que notre cœur s'ouvre à Dieu.
Frères et sœurs, nous sommes invités en ce jour à méditer sur cet évangile qui nous rappelle comment nous avons à ouvrir notre cœur, que cette ouverture se fait toujours bien difficilement, et que nous reconnaissons le Seigneur difficilement dans les moments de joie, et que nous sommes invités à le reconnaître dans les moments de peine, dans les moments de difficultés. Que nous puissions au cœur des difficultés que nous traversons, faire nôtre cette parole du Christ qui sur la croix donne sa vie et sa parole. Puissions-nous faire partager à nos frères et sœurs, cette même vie et cette même parole.
AMEN