INVITÉS A LA FÊTE ÉTERNELLE

Ga 4, 1-7 ; Lc 14, 15-24

(24 octobre 2007)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, les deux textes que nous avons entendu sont riches et importants. Nous venons d'entendre dans l'évangile, la rencontre avec Dieu, l'intimité du cœur de Dieu et il la compare à un grand dîner que le maître a fait pour ses invités. Au moment où le dîner est prêt, il envoie ses serviteurs dire aux invités de venir, et ceux-ci se dérobent, pour toutes sortes de raisons, ils se sont mariés, ils ont acheté un champ, peu importe, tous les prétextes sont bons pour éviter de se rendre au dîner.

Cette parabole dans la bouche de Jésus signifie très certainement que le peuple élu qui était l'invité de Dieu par excellence, ceux pour qui Dieu d'abord avait fait alliance et donc avait préparé ce repas, ce peuple se dérobe. C'est le drame de l'histoire du peuple d'Israël qui s'est dérobé à la mission que Dieu lui avait donnée et par là même il s'éloigne de l'intimité que Dieu lui avait offerte.

Le maître de maison voyant que le peuple élu se dérobe va appeler le monde entier. Va sur les routes et fais entrer les estropiés, les boiteux, non pas ceux qui sont recommandables, bardés de toutes sortes de vertus et de qualités, mais les aveugles, les pauvres. La parabole est extraordinaire, le serviteur revient et dit au maître qu'il a exécuté les ordres, mais il y a encore de la place. Le maître dit alors : va et force-les à entrer, comme si Dieu voulait nous forcer à venir au repas qu'Israël a déserté et qui s'adresse maintenant à tous les païens qui sont comme des aveugles et des estropiés, et pourtant, même s'ils n'ont pas bénéficié de la révélation, ils sont invités par Dieu.

Dieu ne se contente pas de les appeler, il veut les forcer à entrer, cela veut bien marquer l'intensité avec laquelle Dieu veut nous unir à lui même si nous n'avons aucun mérite, même si nous n'avons pas été choisis comme le peuple et formés par la Loi, même si nous ne sommes pas des gens recommandables, Dieu nous appelle. Il appelle les pauvres et les boiteux, les aveugles et ceux qui sont malades, ceux qui sont pécheurs non pas pour que nous le restions. Une autre parabole nous dira que celui qui entre au festin sans avoir l'habit des noces, sans avoir le cœur paré de lumière ne pourra pas y participer. Donc Dieu ne veut pas nous forcer à rester pécheurs en étant invités à son repas, mais il est prêt à pardonner à tout effacer de nos fautes si nous acceptons seulement cette invitation.

L'épître aux Galates nous donne le sens profond de cette invitation de Dieu qui est de vouloir que nous devenions ses fils. Il ne nous invite pas seulement comme des amis, ces connaissances, comme des gens à qui l'on veut faire une grâce, un cadeau, il nous invite pour que nous devenions ses fils. Le repas auquel il nous invite va devenir un repas de famille, d'intimité, et nous serons adoptés à l'image de son Fils unique Jésus-Christ. Saint Paul dans cette épître aux Galates nous donne la caractéristique de notre filiation pour marquer à quel point nous sommes profondément des fils, il dit que comme Jésus, dans l'Esprit Saint, nous pouvons nous adresser à Dieu en lui disant "Abba". C'est le nom de l'intimité, c'est l'équivalent de "papa". Jésus est le seul qui ait utilisé ce mot d'intimité pour parler au Père, il s'en est servi notamment au jardin de Gethsémani au moment le plus tragique de sa vie, quand il lui dit : "Père, s'il est possible que cette coupe passe loin de moi", il lui dit "Abba".

Il nous invite, saint Paul en témoigne, à dire nous aussi Abba à Dieu, c'est-à-dire à entrer dans cette extraordinaire intimité à laquelle nous sommes appelés malgré notre pauvreté, malgré nos infirmités, malgré nos fautes, si nous acceptons l'invitation de cet amour.

 

AMEN