QUESTION DE RÉCEPTION
Ga 1, 21-5 ; Lc 11, 27-32
(12 octobre 2007)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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rères et sœurs, l'évangile de ce jour commence comme à une sortie de messe, le prédicateur s'est envolé dans les hautes sphères, le public a été cloué au sol et à la sortie, on vient féliciter le prêtre : mon père, c'était extraordinaire, vous avez bien prêché, qu'est-ce que le séminaire vous a bien formé. Et puis voyez comment Jésus répond, Jésus a bien parlé, c'est le meilleur prédicateur, il y a une brave dame qui lui dit : ce que tu as dit, c'est bien dit, ta mère doit être heureuse de toi. Elle doit être fière de toi ta mère, elle doit se dire qu'elle a fait un bon fils, et mon fils est un bon juif ! maintenant il dit des choses extraordinaires et parce que je suis moi-même une mère, je suis heureuse et fière pour toi. Et Jésus l'envoie balader ! Il va retourner la proposition. Il va dire que ce qui est le plus important dans une rencontre, dans une parole, dans une prédication, ce n'est pas uniquement d'où vient le prédicateur, même les racines de sa parole, ce qui est le plus important, c'est ce qu'on en fait. Il ne s'agit pas uniquement d'avoir un bon émetteur, si vous avez un mauvais récepteur, vous ne pourrez pas capter le match de demain soir. Jésus nous dit : il faut certes un émetteur, et moi je suis le Fils de Dieu qui vient parmi vous, mais il ne s'agit pas uniquement de se mirer dans la beauté de l'émetteur, et d'en faire toute une histoire. Il faut savoir ce que nous, récepteurs, nous recevons et ce que nous faisons de l'évangile et de la Parole de Dieu.
Jésus continue en prenant deux exemples fort intéressants puisque à chaque fois, il s'agit d'expliquer la rencontre entre Israël et les nations, autrement dit, entre le peuple préféré de Dieu et les autres peuples. Les exemples vont crescendo. Premier exemple, c'est facile, il s'agit de la reine de Saba. Il y a toute une littérature qui a été écrite au sujet de ce personnage et de Salomon, de leur rencontre. C'est la reine de Saba qui vit comme un manque dans son cœur qui désire rencontrer le roi, qui se met en chemin pour rencontrer sa culture, avec tous les risques du voyage et arriver enfin au palais de Salomon. Il y a donc dans le cœur de cette femme comme un manque qu'elle désire combler et elle prend le risque en partant à l'aventure pour rencontrer un homme qui pourra la combler dans sa recherche de la sagesse. Le récepteur est plutôt très réceptif, puisque c'est lui qui a fait le chemin.
Crescendo, on monte d'un cran, cette fois-ci c'est la rencontre entre Jonas et Ninive. C'est l'inverse. Ce ne sont pas les païens qui sont invités à s'acheminer vers le mystère d'Israël, mais c'est Israël qui est invité par Dieu à cheminer vers Ninive. Là le dossier est nettement plus difficile parce que Jonas est un pauvre israélite parmi les autres, on ne peut pas dire qu'Israël soit une grande nation à ce moment-là, Ninive est remplie de son autosuffisance, elle n'a pas à recevoir de leçon de qui que ce soit, elle a ses dieux, elle a une ville qui est tellement grande qu'il faut trois jours pour la traverser. En quelque sorte, on ne peut pas dire que son désir se porte à rencontrer un prédicateur ou un prophète qui l'invite à convertir son cœur. Jonas ne veut pas y aller pour différentes raisons sur lesquelles je ne m'appesantis pas aujourd'hui, mis alors que le récepteur est autosuffisant et qu'ils n'ont absolument pas envie d'entendre un prophète qui vient prophétiser de la part d'un Dieu étranger, le miracle se produit, miracle auquel Jonas ne croyait pas. Ce qui est extraordinaire dans cette histoire, c'est que le monde se convertit, non seulement les hommes se convertissent mais même les animaux sont invités aussi à se convertir avec le sac et la cendre. On est monté un cran au-dessus.
Que se passe-t-il quand nous croyons que nous n'avons pas besoin de Dieu ? Nous avons l'exemple de Ninive qui nous dit : oui, je n'ai pas besoin de Dieu et pourtant, j'ai été bouleversé par la parole de son prophète. Et j'ai été tellement bouleversé que je suis allé jusqu'à me convertir.
Ce que dit ensuite Jésus : au jugement de cette génération perverse, seront convoqués les habitants de Ninive et la reine de Saba. Pourquoi ? Parce que soit, pour la reine de Saba elle avait ce désir qui l'étreignait et elle a tout fait pour rejoindre cet homme qui lui a ouvert le cœur à la sagesse de Dieu, soit, et c'est le plus difficile pour Ninive, nous avons parfois le sentiment de vivre dans une sorte d'autosuffisance, que nous n'avons besoin de personne et encore moins de Dieu, que nous faisons confiance en cette bonne vieille société, en la science, en ceci et en cela, et pourtant, malgré tout, il y a des contemporains qui se convertissent dans cette situation.
Frères et sœurs, je comprends le cri de cette femme qui a été touchée par cette parole du Christ et qui lui a dit : heureuse celle qui t'a enfantée et qui t'a fait grandir, mais comprenez bien que ce que le Christ veut ce n'est pas ce genre d'élan aussi noble soit-il, mais que cette parole nous touche véritablement et que nous puissions qui que nous soyons, et quelle que soit l'ouverture ou la fermeture de notre cœur, recevoir véritablement cet évangile non pas comme une belle parole très sympathique et jolie, mais pour qu'elle puisse nous transformer.
AMEN