LE PETIT PEU POUR LE BEAUCOUP

Ct 4, 12 – 5, 1 ; Lc 6, 12-19

(26 septembre 2007)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

C

e passage de l'évangile de Luc nous situe dans un moment important, au chapitre sixième puisque Jésus parmi ses disciples depuis quelques temps déjà, l'annonce du Royaume se fait, parmi ses disciples, il va en choisir douze auxquels il va donner le nom d'apôtres c'est-à-dire envoyés. Il s'agit là de ce que doit être la communauté chrétienne les chrétiens, ce sont ces nombreux disciples et parmi eux douze qui sont choisis particulièrement choisis, puisque c'est dans l'acte même de la prière que le Christ institue les douze. Il passe la nuit en prière ce qui montre bien aussi pour lui qu'il s'agit d'un moment et d'un choix important. Ensuite, il les emmène sur un plateau et là il y a une foule nombreuse qui est guérie, et ce passage ouvre le discours inaugural qu'on appelle les Béatitudes où Jésus va proclamer : "Heureux ceux qui ont un cœur de pauvre, heureux ceux qui pleurent".

C'est ainsi qu'on voit naître ces douze témoins de l'action plus particulière du salut apporté par Jésus. Douze bien sûr parce que cela rappelle les douze tribus d'Israël, le fondement de ce peuple choisi par Dieu pour dire également que chaque chrétien avec les douze colonnes que sont les apôtres signifiées par les douze piliers consacrés de cette église, c'est une communauté, un peuple où chacun d'entre nous est choisi par Dieu et ordonné à devenir comme les apôtres par notre existence, même si cela est structuré en ministères et que notre existence soit aussi témoin du Christ, que nous recevions nous-mêmes ce salut car l'Église n'est pas simplement celle qui annonce la salut, mais celle qui vit aussi en premier et que chaque chrétien puise être ainsi témoin de ce qu'il reçoit, de ce qu'il est : il est envoyé.

Mais ce qui est intéressant aussi, c'est que ces douze vont constituer le noyau de cette communauté, de cette Église, et le premier acte que fait Jésus, c'est de les placer devant une grande foule, cette foule qui veut le toucher, qui veut accéder à lui, cette foule qui est guérie de ces esprits mauvais souligne le texte, et la question qui finalement est soulevée c'est pour les apôtres très certainement : qu'est-ce que cela peut signifier ? La signification elle est dans le paradoxe même d'une grande foule et de douze, elle est dans le grand nombre et le petit nombre. En effet, douze, pour une communauté, douze pour une Église qui traverse le temps, les frontières, douze un peuple de toutes races, langues et nations, c'est-à-dire rien ou presque rien pour beaucoup. Douze pour une grande foule.

Cela peut aussi nous interroger sur notre propre manière de voir l'existence chrétienne et notre vie dans la communauté. Souvent, on parle d'une sorte de marasme dans l'Église, surtout en France, d'une Église de plus en plus minoritaire. Alors, il est sûr que cela peut nous faire mal au cœur si nous nous accrochons à d'anciens chef-d'œuvres ou ruines qui ne sont parfois que la trace d'un passé glorieux et peut-être aussi compromis, alors que en somme, cette nouvelle identité doit nous rappeler à la fois l'urgence de la mission, sa pauvreté, puisque nous sommes peu nombreux et que c'est avec ce peu, ce petit reste que Dieu fait toujours des merveilles.

C'est aussi avec le peu de ce que nous sommes, même de notre vie spirituelle, que Dieu nous fait vivre de grandes grâces. C'est souvent avec presque rien que Dieu fait l'impossible.

 

 

AMEN