DU BON USAGE DE L'ARGENT

Ap 2, 1-7 ; Lc 16, 10-17

(30 octobre 2006)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

N

ous avons dans cet évangile un certain nombre de petites phrases qui sont certainement des phrases authentiques de Jésus, mais dont on ne voit pas toujours le rapport Il y a une phrase sur la pérennité de la Loi, une sur l'assaut du Royaume et les violents qui s'en emparent, une contre les pharisiens amis de l'argent. Peut-être que justement c'est l'argent qui est le fil conducteur puisque tout cela suit le bon emploi de l'argent ? Souvent, c'est ce genre d'évangile qui fait croire que les catholiques n'aiment pas parler d'argent, ou que les catholiques ont du mal avec l'argent et que d'autres s'en sortent bien mieux parce qu'ils manient l'argent et le font fructifier, et finalement, ils s'enrichissent aussi et tout se passe bien.

Effectivement, la question mérite d'être posée. Il y a d'abord eu cette médiation sur l'intendant infidèle qui sait utiliser l'argent. Donc la première réponse que l'on peut apporter, c'est que Jésus n'est pas en train de dire qu'il ne faut pas savoir utiliser l'argent. C'est souvent la distinction que l'on a oublié de faire. Ce n'est pas que l'argent soit mauvais, c'est l'usage qu'on en fait. Aussi lorsque ensuite quand Jésus dit : "si vous avez été fidèles en peu de choses, vous le serrez en beaucoup (il s'agit justement de la partie qui parle du bon emploi de l'argent), si vous avez été malhonnêtes en peu, vous le serez en beaucoup, et qui vous confiera le vrai bien, si vous ne vous êtes pas montrés fidèles pour le malhonnête argent".

Autrement dit, ce que montre Jésus, c'est qu'il remet l'argent à sa place, mais qu'en même temps l'argent reste le critère d'intelligence de l'utilisation des choses, et cela au niveau du Royaume. Il montre bien, c'est ce qui suit quand il dira : "nul ne peut servir deux maîtres à la fois", Il montre bien qu'on peut laisser son cœur et son âme être complètement emprisonnés ou de l'esclavage du pouvoir que peut procurer l'argent, et qu'il faut avoir une certaine distance et une certaine rigueur pour ne pas se laisser prendre par ce pouvoir, mais en même temps, si le chrétien était aussi avisé que l'intendant infidèle ou que ceux qui savent utiliser les biens les plus matériels et les plus terrestres, le Royaume de Dieu en irait certainement tout autrement.

Je crois qu'il y a eu confusion entre le fait d'utiliser l'argent et le fait de se laisser prendre par l'argent. Ce qui fait que Jésus ne méprise pas l'argent, Il en dit le pouvoir, et ainsi, Il en appelle à ne pas se laisser avoir par ce pouvoir, mais si on sait l'utiliser, à faire de même pour le Royaume de Dieu. Le Royaume de Dieu est ce qu'il y a de plus précieux, c'est ce qu'il y a de plus grand et de plus vrai parce que c'est le seul vrai bien. Ce vrai bien-là mérite non seulement d'être servi, mais surtout d'être servi avec intelligence.

"Nul ne peut servir deux maîtres, il haïra l'un et aimera l'autre", et cette phrase donne ensuite tout son sens. Pour bien servir un maître, il faut savoir quel choix nous posons dans notre existence, et comment, sachant tout ce que ce monde qui nous a été confié, car c'est la première des bénédictions : "Soyez féconds et multipliez-vous, emplissez la terre et soumettez-la", donc cela veut dire que c'est un bien, comment l'utilisez-vous C'est à ce critère-là qu'on saura comment vous utilisez (si le Royaume doit être utilisé), toute la bonne Nouvelle et le Royaume de Dieu.

 

 

AMEN