APPELÉS A ÊTRE SIGNES
So 3, 9-13 ; Lc 14, 15-24
(21 octobre 2005)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
|
T |
echniquement, cet évangile, comme d'ailleurs la première lecture, nous rappelle une chose essentielle, c'est que Dieu choisit. Il choisit toujours un homme ou un peuple pour être porteur du signe de sa présence avec cet homme ou avec ce peuple. Abraham doit marcher dans la présence de Dieu, le peuple d'Israël comme étant le peuple de Dieu qui fait l'expérience de marcher avec son Seigneur. Peuple guidé par la nuée lumineuse, pendant l'Exode, peuple qui réside sur la terre promise et où Dieu met sa présence dans le Temple.
Mais lorsque Dieu choisit un homme ou un peuple, ce n'est pas tant d'abord une préférence par rapport aux autres, mais parce qu'il veut pour cet homme ou pour ce peuple, qu'il soit réellement signe et que ce signe puisse faire appel et servir aux autres hommes ou aux autres peuples. C'est pourquoi il est toujours question à travers l'un, le particulier, non pas que Dieu s'enferme sur des préférences, mais à travers cette singularité, Dieu dit son désir d'être présent et proche de chacun personnellement. Si Abraham est choisi, il est choisi parce qu'une multitude de nations doivent êtres bénies, cette descendance dans la foi d'Abraham. Si Israël est choisi, ce n'est pas pour en faire un peuple à part, mais bien pour qu'Israël commençant la longue marche avec Dieu appelle tous les hommes et toutes les nations à marcher à la lumière du Seigneur. C'est pourquoi la première lecture parle désormais non seulement du petit reste d'Israël, ceux qui restent comme une semence vitale de la proximité et du choix de Dieu, pour que toutes les nations deviennent elles aussi semences de vie, de cette vie du Seigneur.
Aussi, la parabole des invités qui se dérobent est bien comme un cri d'alarme de ces hommes ou de ces peuples qui ne jouent pas le rôle, qui ne sont plus porteurs, qui ne sont plus signes de ce que le Seigneur a mis dans leur cœur, sa vie et sa présence. Les excuses sont toujours bonnes, bien sûr, l'un vient d'acheter une terre, c'est important, l'autre s'est acheté cinq paires de bœufs, c'est son outil de travail, et le troisième vient de se marier. Toutes ces choses sont essentielles à la vie des hommes. Et pourtant, l'essentiel qui demeure, c'est que nous répondions favorablement à l'appel de Dieu. Nous sommes invités. Si nous ne jouons pas ce rôle de signe, De toute façon, le Seigneur veut remplir sa maison, et Il appellera les estropiés, les boiteux et les aveugles. Il y a là un signe essentiel aujourd'hui qui est donné pour rappeler à l'Église, nouveau peuple de Dieu, qu'elle n'est pas là pour s'enfermer sur elle-même, qu'elle n'est pas là pour se regarder le nombril, ou pour discuter inlassablement sur ce qu'elle est, ou sa nature. Si elle en oublie que le rôle premier, comme le disait le Concile Vatican II, c'est que Lumen Gentium, le Christ est la lumière des peuples. Toutes les nations doivent marcher à cette lumière. L'Église est choisie comme signe, sacrement de l'union intime de tous les hommes avec Dieu comme des hommes entre eux. Il n'y a pas d'autre rôle pour l'Église que de servir cette communion de tous les peuples quels qu'ils soient, à l'union intime avec Dieu.
Ce qui est vrai pour l'Eglise en général l'est aussi pour chacun d'entre nous, car c'est bien notre vocation. L'appel de notre vie à vivre en chrétien n'est pas d'abord de calculer ce qui est dans notre vie bien ou mal. Ce n'est pas d'abord d'établir des comptes sur notre relation avec Dieu. Quelle que soit notre vie et quel que soit le stade de notre foi, de dire et de confesser le salut de Dieu, et d'en être signe. Oui, un homme sauvé aujourd'hui, un chrétien sauvé aujourd'hui et qui a conscience de ce salut dans sa vie, c'est celui-là qui répond à l'appel du Seigneur et qui devient du coup, ce signe, non pas parce qu'il est meilleur, parce qu'un signe est toujours fragile, mais c'est parce que le Seigneur choisit d'ailleurs le plus souvent le plus petit pour en sauver le plus grand nombre.
Que nous ne trouvions pas des excuses bonnes, peut-être, mais pas assez essentielles pour le Seigneur qui veut que tous les hommes soient sauvés, et chacun d'entre nous en particulier. Encore faut-il non seulement en avoir conscience, mais réaliser ce que le Seigneur nous demande de manière humble et concrète en se sachant appelé et donc sauvé.
AMEN