DÉSIRER LA PREMIÈRE PLACE
So 2, 1-3 ; Lc 14, 1-6
(19 octobre 2005)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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a parabole a toujours de multiples entrées. La première impression que nous avons en lisant cette parabole, c'est de nous inviter à ne pas prendre la première place, ce que d'ailleurs les pratiquants des églises ont pris à la lettre. Je ne sais pas pourquoi les premières places sont toujours dangereuses, sauf certains qui ont le courage d'avancer, et aujourd'hui vous êtes relativement rassemblés, mais en général, dans les mariages par exemple, cela se remplit par le fond. Je ne sais pas pourquoi cette parabole a eu cette mauvaise publicité parce qu'on attend toujours qu'on vienne vous chercher pour vous mettre devant. C'est la lecture au premier degré. Ensuite, on peut s'arranger pour avoir l'attitude de compassion nécessaire pour en se mettant à la dernière place, et en espérant vivement qu'on viendra vous chercher pour vous placer à la première. Dans ce cas-là, la parabole tournerait en rond.
Il y a une autre lecture qui n'est pas la lecture de l'humilité nécessaire. La vérité, c'est que nous sommes faits pour la première place. Nous avons bonne et mauvaise raison de la vouloir. La mauvaise c'est que nous visons un peu au-dessus de nous-même. Mais la bonne, c'est que nous sommes faits pour cette proximité avec Dieu, et nous avons bien raison de nous approcher. Celui qui s'assied à la dernière place, c'est celui qui veut être accompagné, ne veut pas monter seul. Il prend conscience que l'humilité n'est pas seulement une sorte d'indignité radicale dont Dieu le laverait. Le problème est ontologique, il n'est pas moral. La parabole a deux niveaux, premièrement morale, une sorte d'obligation d'humilité, mais on tournera en rond parce qu'on pourrait la renverser de manière hypocrite. Mais il y a un autre problème plus grave que la grâce vient corriger, c'est que nous ne sommes pas faits pour vivre seuls, mais que nous sommes faits pour être accompagnés de la grâce de Dieu qui vient nous visiter profondément. Nous démarrons de la dernière place. Et de la dernière à la première qui est le symbole de la vie, nous avons à être accompagnés par la grâce de Dieu, sa présence. Il faut que nous désirions cette première place, si nous nous contentons de notre dernière place avec cette espèce de fausse compassion : oh ! moi, on m'oublie toujours, on ne pense jamais à moi, une sorte d'effacement permanent, or, il faut que nous ayons de l'ambition spirituelle. Et l'ambition spirituelle, c'est que nous sommes faits pour cette place du prince, cette place de choix, place d'honneur. L'honneur, c'est la manière dont nous sommes visités par quelque chose qui nous agrandit. Et l'honneur de Dieu, l'honneur que Dieu nous donne, c'est que nous sommes visités par Dieu et que nous avons à grandir en Dieu. C'est pour cela que les églises, par leur nef, symbolisent le chemin de la vie et que nous sommes invités à avancer dans ce chemin, dans toute célébration, nous nous avançons quand nous rentrons dans l'église, pour signifier que nous sommes en route vers un terme qui est la rencontre avec Dieu. Chaque eucharistie anticipe et préfigure cette rencontre, et nous sommes vraiment faits pour cette première place. Invariablement, nous irons à cette première place, quand nous serons face à Dieu. On ne va pas passer derrière en disant, moi j'ai toujours été à la dernière place, je laisse passer les prêtres, le pape et les évêques, et l'on file avec la colonne l'air de rien. Il faut bien qu'à un moment, on se confronte à cette présence de Dieu. Et dans cette confrontation ultime, qui n'est pas une confrontation de jugement, mais une visite profonde, Dieu achèvera la visite qu'il a tenté de faire tout au long de notre vie auparavant. C'est pourquoi nous sommes faits pour cette première place et nous avons bien raison de la désirer, mais nous n'irons pas tout seul, nous irons avec lui pour le rencontrer.
Que Dieu nous accompagne dans notre vie et que nous ne sous-estimions pas la place qui nous est due, mais qui est celle que Dieu nous donnera.
AMEN