FAIRE AVANCER LE ROYAUME

Ez 47, 1-12 ; Lc 12, 32-48

(10 octobre 2005)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

B

eaucoup de choses dans ce passage d'évangile, une invitation à vendre ses biens et à faire l'aumône, une invitation à se tenir prêts pour le retour du maître. Plusieurs petites paraboles sont données : le serviteur qui sait à quelle heure vient son maître, le maître qui n'a pas prévu la venue de celui qui percerait son mur et qui va le voler, celui qui bat les serviteurs et les servantes parce que son maître tarde. La clé de tous ces passages me semble être dans la première parole que nous avons entendu en proclamant cet évangile : "Sois sans crainte petit troupeau, car votre Père s'est complu à vous donner le Royaume". Cette phrase s'adresse aux disciples de Jésus, et c'est pourquoi Pierre semble tergiverser et il pose cette question : "Ces paraboles que tu dis, est-ce que tu les dis pour nous ou pour tout le monde ?" Or, si cette parabole, ou cet ensemble de paraboles s'adresse bien sûr à tout le monde, Jésus note aussi qu'elle s'adresse en particulier à ceux à qui l'on donne beaucoup. "Ceux à qui l'on donne beaucoup, il leur sera beaucoup demandé. A qui l'on a confié beaucoup, on réclamera davantage". La question de Pierre est judicieuse, car à Pierre, il a été confié beaucoup, et il lui sera beaucoup demandé. Ce serait rejeter éternellement la question sur les autres, et je disais, la clé c'est cette première phrase "Sois sans crainte petit troupeau, car votre Père s'est complu à vous donner le Royaume".

En fait, aujourd'hui, nous pouvons entendre cette parabole pour nous, ce n'est pas simplement aux disciples, à Pierre ou à tout le monde, c'est adressé à chacun d'entre nous. Il nous a été confié le Royaume de Dieu. Il y a donc une responsabilité pour chaque chrétien de prendre en compte la construction du Royaume de Dieu. Ce Royaume comprend l'Église, mais la notion même du Royaume dépasse les limites de l'Église. Cela signifie que le Royaume nous est donné, car pas de royaume sans roi. Autrement dit est confié à chaque chrétien, non seulement le royaume qu'est l'Église, mais aussi le Christ. Et quand on a reçu quelque chose, c'est pour en faire quelque chose, ce n'est pas pour se contenter d'enfiler les perles. Il ne s'agit pas de s'assoupir. C'est là où les paraboles dans lesquelles il est question de vigilance, prennent sens. Beaucoup de chrétiens ont tendance à se dire aujourd'hui, après deux mille ans d'histoire, nous sommes arrivés à un certain assoupissement pour tout, et cela devient naturel. Un assoupissement dans la vie spirituelle, un assoupissement ou une fatigue dans la mission, dans l'espérance de ce que peut encore apporter la foi, l'Église, ou même le Christ, une sorte d'assoupissement de l'œuvre du salut.

Or, c'est à nous qu'est confié le Royaume, et justement, nous devrions toujours nous tenir en éveil, sur le fait que le monde en perpétuel mouvement doit recevoir sans cesse la bonne nouvelle du salut. Des pauvres et des prisonniers, il y en aura toujours, et sans cesse est à recommencer le service de la maison, le service du maître. Se mettre au service du Royaume … la plus grave des tentations, c'est de se croire arrivé et de rester assoupi. Mais si cette parole résonne à nos oreilles : "Petit troupeau sois sans crainte, c'est à toi qu'a été confié le Royaume de Dieu", c'est bien parce que c'est à chacun d'entre nous qu'a été confiée la responsabilité du Royaume. N'attendons pas que ce soit l'évêque, le prêtre, la religieuse, la catéchiste, le missionnaire, qui fasse quelque chose pour l'Église ou faire avancer le Royaume de Dieu dans le monde. C'est à tous les chrétiens, certes, selon un appel peut-être plus particulier qu'il a pu recevoir dans tel ou tel domaine, c'est à chacun d'entre nous qu'est confiée la responsabilité du Royaume. Du coup, à qui l'on a donné beaucoup, il sera demandé beaucoup. À qui l'on a beaucoup confié, il sera beaucoup réclamé.

Sachons que c'est à nous et pas seulement à certains, qu'a été donné et confié ce que Dieu avait de plus précieux : le Royaume. Ce Royaume qui peut se résumer dans l'annonce que Dieu est vraiment le Seigneur de tous les hommes, qu'Il les sauve et les fait vivre dans son salut, et que tout homme est capable d'entendre cette bonne nouvelle. C'est cela l'annonce du Royaume, et Dieu n'a pas choisi d'autres annonceurs, on dira après d'autres missionnaires, que ceux à qui Il a donné lui-même sa vie, son œuvre, son Royaume. Ces instruments faibles et fragiles que nous sommes, pour qu'à travers ces instruments faibles et fragiles, toute la grâce de Dieu se déploie.

 

 

AMEN