DÉCOUVRIR L'AUTRE
Ez 36, 33-38 ; Lc 9, 1-9
(22 septembre 2005)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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'évangile d'aujourd'hui nous invite à une petite méditation sur le sens du voyage. C'est vrai que l'été est terminé, et vous le savez tous, maintenant les RTT et compagnie, souvent on préfère partir un peu plus tard, septembre octobre, parce que les prix sont moins élevés, qu'il fait moins chaud, etc … que les enfants sont rentrés en classe et que pour ceux qui sont libres de leurs enfants, c'est souvent plus avantageux.
Le voyage, vous en avez certainement tous fait l'expérience, soit en attendant dans un aéroport ou dans une gare, c'est toujours assez amusant de regarder les gens passer avec leurs bagages. Je crois que ce qui est encore plus rigolo, c'est de voir les personnes qui vont passer les mêmes vacances dans le même lieu, la même destination, même lieu de couchage, de vie, et de voir qu'à même destination, il y en a qui partent avec la petite valise, d'autres avec trois valises, d'autres encore qui partent avec un sac à dos.
Par rapport aux bagages, j'ai envie de dire qu'il y a deux manières de voyager, comme il y a deux manières de parler de Dieu. La première manière de voyager, c'est de partir complètement autonome et autarcique, ne voulant rien devoir du pays qu'on va visiter. Et on emporte ainsi tout ce qu'il faut, le nombre de savons, de dentifrices, de boîtes de petits pois. On ne sait jamais, que vais-je trouver dans ce pays, peut-être n'y a-t-il rien du tout, alors autant me munir de tout ce dont je peux avoir besoin. Et puis, il y a l'autre manière qui est peut-être d'emporter beaucoup moins, et d'attendre à ce moment-là beaucoup plus de la part du pays d'accueil. C'est un risque mais cela fait partie de l'aventure du voyage.
Il y a peut-être aussi deux manières d'évangéliser. La première manière c'est d'arriver avec tous les bagages, de les poser avec force bruit devant celui que je dois convertir, apporter toute ma science, mon savoir, lui parler de Jésus à travers toute ma culture, mon intelligence occidentale d'un français du vingt et unième siècle. Bref, arriver là aussi en territoire conquis, en parfaite autonomie, et délivrer tous mes bagages à celui qui est en face de moi.
Il y a aussi l'autre manière, qui est de partir sans bagage, à la rencontre de l'autre pour se convertir mutuellement. Je crois que c'est cela que le Christ demande dans l'envoi de ses disciples, quand il leur demande de partir sans bagages: partez d'abord à la rencontre de quelqu'un d'autre qui a sa propre culture, qui a sa propre intelligence, qui a sa propre appréhension des choses, et à partir de là, vous verrez. Et pourquoi verrez-vous ? Parce que l'évangile, parce que le christianisme, ce n'est pas une somme d'idées ou de dogmes, c'est d'abord une personne. C'est une rencontre de personne à personne.
Frères et sœurs, que cette invitation au voyage que le Christ offre à ses apôtres, soit pour nous l'occasion de partir dans le pays de l'autre. C'est une phrase que j'aime beaucoup quand on va à la rencontre de quelqu'un qu'on ne connaît pas : est-ce que nous prenons d'abord le temps de visiter le pays de l'autre afin de pouvoir après, faire surgir dans le cœur, Celui qui y est déjà présent, le Christ. Car n'oublions pas que ce que nous prêchons, c'est un christianisme, une religion qui annonce justement un Dieu qui est présent dans le cœur de chacun d'entre nous.
Que nous ayons à cœur de faire surgir ce Christ vivant dans le cœur de nos contemporains.
AMEN