D'UN APPEL A L'AUTRE
Ez 33, 10-16 ; Lc 5, 27-32
(6 septembre 2005)
Homélie du Frère Yves HABERT
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uand nous entendons cet appel de Lévi, nous pensons peut-être au tableau du Caravage à saint Louis des français, cet homme qui se lève sur un regard, qui se lève parce qu'il est assis, et les Pères de l'Église disent qu'il est assis dans son péché, installé dans son péché, à demeure dans son péché, il se lève d'un bond à cet appel de Jésus : "Suis-moi".
Dans notre vie, il n'y a pas qu'un seul appel, il n'y a pas une sorte d'allumage initial d'une part qui suffirait à nous projeter, à nous entraîner vers la sainteté. Il y a dans notre vie plusieurs appels. Si vous voulez, l'allumage initial, ce premier appel qui fait se lever cet homme, c'est comme la fusée, qui, avec son carburant s'élève, s'enfuit vers les étoiles. Mais petit à petit le carburant, alors que l'on rêve d'une progression illimitée, petit à petit le carburant vient à manquer, petit à petit la fusée se dépouille et devient un satellite, une capsule, quelque chose qui n'a plus forcément en elle-même cette capacité de s'élever, parce que la fusée devient capsule, et celle-ci est comme entraînée presque contre sa volonté, par une force d'attraction, par la gravitation. Ce n'est plus la propulsion, mais c'est la gravitation qui la fait continuer à progresser, qui la met en orbite autour de l'astre qui a été retenu.
Dans notre vie spirituelle, c'est un peu pareil. Il y a des moments où forcément, il y a un second appel, un troisième appel, ces moments où nos forces semblent s'épuiser. Il nous faut passer peut-être d'un côté très actif à un côté beaucoup plus passif. Il y a des moments dans notre vie spirituelle, dans notre vie humaine, il y a des moments où par rapport à nos engagements, nous sommes comme sur une ligne de crête, d'un côté, il y a l'attraction vers la sainteté, de l'autre côté, il y a la chute. Il y a des moments comme ça où il nous faut réentendre ce premier appel, il y a des moments où il faut retrouver le goût de ce premier appel pour continuer à nous avancer. Je le dis pour les plus jeunes, qui quelquefois ont découvert Dieu dans un élan, et ils s'imaginent que cela va continuer tout le temps. Mais je le dis aussi pour les plus âgés, qui ont eux aussi l'expérience de ces moments entre le ciel et la terre, qui ont aussi l'expérience de ces moments où il a fallu à nouveau se laisser choisir.
C'est valable pour notre vie spirituelle, mais c'est valable aussi pour tout engagement dans le mariage, la vie religieuse. Il y a des moments où il y a une sorte de laisser faire, de lâcher prise qui nous permet de continuer de nous avancer vers le Seigneur. C'est la leçon de ce Matthieu qui connaîtra sûrement d'autres appels. Il y a eu cet allumage initial que nous venons de lire, mais il y a aussi dans la vie de Matthieu comme dans chacune de nos vies, tous ces multiples appels qui, au lieu de nous plonger dans le passé, nous font au contraire entrevoir un avenir. Un avenir que l'on ne peut même pas imaginer puisque l'avenir appartient à Dieu, un avenir qui est, oui, c'est cela, inimaginable, imprévisible à écrire.
AMEN