LA CHORÉGRAPHIE DE LA COMPASSION

Ez 32, 17-25+31-32 ; Lc 4, 38-44

(2 septembre 2005)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

J

'aime ce texte de la guérison de la belle-mère de Simon Pierre, ce texte dans sa simplicité. On invite Jésus à rentrer, à guérir cette femme de sa fièvre, parce qu'avec une très grande précision, on découvre ce que j'appelle la chorégraphie de la compassion.

Chorégraphie de la compassion parce que les termes qui sont employés, le déroulement, la manière de faire, rappellent une sorte de danse. Une danse qui éveille l'autre, qui libère l'autre, une danse qui va déplier l'autre, une danse qui ouvre l'autre à sa vocation. J'aime comparer le Christ à un danseur, mais pas un danseur solitaire. C'est quelqu'un qui ouvre à cette danse, et qui ouvre même ses frères et sœurs malades, alors que la maladie peut produire l'inverse de la danse, c'est-à-dire, l'immobilité, le repliement sur soi-même, elle peut provoquer aussi des douleurs, des difficultés. Là il y a cette chorégraphie du Sauveur, avec tout d'abord ce très beau geste où Jésus se penche sur le malade. Il ne permet pas que le malade vienne à sa hauteur, mais Il se penche, écho de cette manière dont Dieu s'est penché à travers son Incarnation sur cette humanité blessée, sur cette humanité souffrante. Il se penche, en quelque sorte, le Christ ne sait faire que se pencher. Il se penche avec cette manière de faire qui est la sienne.

Ensuite, Il menace la fièvre. S'Il n'avait fait que se pencher, il n'aurait pas non plus épousé la souffrance de celui qui est malade. Menacer la fièvre, c'est saisir combien la personne est unique, et combien cette personne est blessée. Menacer la fièvre, c'est saisir là où il faut agir, là où il faut toucher, là où il faut prendre cette personne pour l'entraîner. "A l'instant même se levant, la belle-mère de Simon les sert". Déploiement de cette vocation, déploiement de l'être de la personne dans le service. Ce service qui était rendu impossible, difficile du fait de la fièvre, est à nouveau possible. A ce moment-là, ses capacités qui étaient amoindries se trouvent libérées. Alors, on comprend que devant une telle scène, devant non pas une efficacité, mais quelque chose aussi de l'ordre de la beauté, quelque chose de l'ordre de la vérité de la relation entre le Christ et cette personne, Il n'est pas comme une sorte de thaumaturge qui guérirait en général, on comprend que les foules accourent. Mais lui, Il s'enfuit, Il s'enfuit au désert, Il s'enfuit dans la solitude avec son Père. Il retrouve la manière dont le Père se penche sur lui, Il retrouve ce dialogue ininterrompu avec son Père. Il retrouve la vérité de ce qu'Il est pour transmettre à d'autres malades la vérité de ce qu'ils sont. Il retrouve la vérité du rapport qu'Il a avec son Père, la vérité de lui-même pour rendre à l'autre la vérité de ce qu'il est dans ce service qui est manifesté par la belle-mère de Simon, dans ces foules qui accourent et qui sont guéries, dans ces démons qui sont chassés.

Dans la visite aux malades, je crois qu'il y a bien sûr, un infini respect, une infinie pudeur, quelque chose qui doit respecter profondément ce qu'est la personne. C'est une sorte de danse qu'il nous faut mener, et en même temps, nous avons à garder ce lien très précieux avec celui qui nous envoie, nous avons à garder ce lien avec celui qui nous a appelés, nous avons à garder ce lien avec celui qui déplie en nous toutes ces capacités d'aimer, sinon, notre service risquerait de passer à côté.

La vérité du geste que nous posons tient à la vérité de cette prière que nous gardons au cœur.

 

AMEN