ORDONNANCE ET CHAOS
Ap 17, 1-7+9b+18 ; Lc 21, 20-33
(16 novembre 2004)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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u lieu de prêcher sur l'évangile, il vaudrait mieux prêcher sur le psaume, Béni sois-tu Seigneur, un peu de bonté, d'amour, de bonheur et de bénédiction ne nous ferait pas de mal quand on se sent pris en sandwich entre l'Apocalypse et cette autre Apocalypse relatée dans l'évangile de Luc.
Pourtant, en lisant cet évangile, je pensais à deux images. La première, nous la voyons assez souvent sur l'entrée des églises avec l'archange saint Michel : à gauche, ceux qui finissent en enfer dans un chaos extraordinaire, avec des corps qui s'entremêlent, des monstres à la gueule béante et des flammes dévorantes. De l'autre côté, un ordonnancement réglé au millimètre, des saints, des bienheureux, qui s'en vont auprès de Dieu dans le paradis. Encore une autre image qui illustre le passage de la mer rouge, pharaon et son armée dans le chaos de l'eau, emmené par le chaos des flots, détruit, et de l'autre côté, ce fleuve de ce peuple béni et sauvé par Dieu qui en sort aussi dans un ordre parfait, avec à l'horizon le désert et la terre promise.
Je crois que c'est assez intéressant de voir dans cet évangile comment le Christ joue entre l'ordre et le chaos. Dans le début de la Genèse, Dieu crée le monde, et le monde est ordonné après le chaos, comme si Dieu était celui qui était présent dans l'ordre et pas dans le chaos, comme si Dieu était celui qui mettait sa marque dans le monde sorti du chaos. Le chaos, c'est ce qui est synonyme du mal, du péché, de la fin du monde, et dans ce texte-là, justement est rapproché le chaos. L'homme est celui qui pendant des années, des siècles a été admiratif de l'ordre donné par Dieu, c'est l'admiration de ceux qui ont écrit la Bible, et qui sont admiratifs devant ces étoiles qui année après année, reviennent toujours au même endroit, ce sont les vrais scientifiques qui sont capables justement d'admirer la manière dont le monde tourne, à travers des calculs et des chiffres. Et là, c'est le désordre. Là, c'est le chaos, c'est même le cosmos, ce qui était en ordre, qui n'a plus d'ordre. Ce sont les étoiles, la lune et le soleil, tout ce qui devrait fonctionner normalement tous les jours, tout ce qui nous donne justement des repères pour notre vie quotidienne qui s'en va, et qui par conséquent, introduisent même le chaos dans notre pensée et dans nos habitudes. En fait, la fin des temps, c'est peut-être aussi tout simplement cela. Nous pensons quelquefois que c'est du côté de la fin du monde physique, mais peut-être que c'est aussi tout simplement du côté de la fin de nos repères. Et c'est ce que dit Jésus. Il nous parle de plusieurs repères, Il nous parle d'un lieu géographique : si on vous dit que j'y suis, je n'y suis pas, allez voir ailleurs. Il nous parle d'un autre repère qui peuvent être des hommes, des envoyés de Dieu. Si celui-là vous dit qu'il est envoyé par moi, ne le croyez pas. Et puis, il y a d'autres repères temporels : si vous croyez que c'est maintenant, ce n'est pas maintenant, si vous croyez que c'est demain, c'est maintenant.
En fait, le Christ nous dit que sa venue se fait dans le chaos. Et pourquoi ? Pour une recréation. Nous pensons trop souvent que nous vivons dans la création de Dieu. Oui, nous sommes au cœur du monde, mais c'est un monde qui est abîmé, c'est un monde qui est déchiré, c'est un monde qui n'est plus ordonné à Dieu. Et cette fin du monde qui est annoncée, c'est la manière dont Dieu va réordonner tous les éléments du cosmos pour Lui. C'est cela. Nous, nous pensons chaos, alors qu'en fait, c'est un ré-ordonnancement de ce qui ne va pas, en vue du Royaume de Dieu. Et à la lecture humaine, pour nous, c'est la même chose. Nous sommes créés pour être ordonnés à Dieu, tous nos sens, l'ouïe, la parole, le toucher, et nous savons très bien, et c'est cela le péché, que cet ordre, nous ne le vivons plus, nous le vivons dans le chaos. Par conséquent ce que nous appelons mort, la fin de notre petit monde, ce n'est pas la fin du monde de Dieu, au contraire, c'est la fin de notre monde dans le sens où justement, nous ne l'ordonnons pas à Dieu, où nous ne savons plus ordonner nos sens à Dieu, à l'amour, à la charité vis-à-vis des autres et vis-à-vis de Dieu.
Frères et sœurs, que ces textes, d'ailleurs le Seigneur lui-même nous le dit, ne nous effraient pas. Mais au contraire, que nous sachions nous mettre debout comme Il nous invite dans cet évangile, afin de sentir avec notre intelligence et avec nos sens, la manière dont Dieu vient dans notre vie pour nous recréer, nous réordonner en vue du Royaume de Dieu.
AMEN