DISCERNER DANS LA VÉRITÉ

Jdt 16, 3-12 ; Lc 6, 39-45

(13 octobre 2004)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

U

ne phrase bien connue de l'évangile qui est un peu comme un proverbe : "Qu'as-tu à regarder la paille qui est dans l'œil de ton voisin, et tu ne vois pas la poutre qui est dans le tien". Cela pourrait presque être une parabole du point aveugle ! Est-ce que cela signifie que le Seigneur nous demande de ne pas discerner. Je ne la pense pas. Ce que vise Jésus, c'est tout ce que nous connaissons de manière hélas trop ordinaire de la critique du jugement, des mauvaises paroles sur telle ou telle personne parce que nous n'avons pas d'atomes crochus, ou de manière d'être ou de penser. Ce qui est plus juste, c'est qu'au contraire, le Seigneur nous demande de bien ou de mieux discerner. Discerner ce n'est pas d'abord de regarder ce qui se passe en l'autre, mais c'est aussi savoir ce qui se passe en soi-même, et l'on peut d'autant mieux ensuite, non pas porter un jugement mais discerner les événements et ce qui se passe dans les personnes, et ce qu'elles sont, si soi-même on a su se mettre à la bonne place.

Tout cela part de ce que Jésus affirme de manière très claire : "Le disciple n'est pas au-dessus du maître". Il s'agit bien pour nous du rapport entre Jésus qui est notre maître, et nous qui sommes les disciples. Il est vrai qu'en fustigeant les attitudes des pharisiens ou des scribes, Il s'en prend à eux parce qu'ils se considèrent comme des maîtres : maîtres de la loi, maîtres de la règle, maîtres du commandement, et c'est eux qui disent trop souvent : nous allons enlever la paille qui est dans ton œil. Or on sait quand on scrute les Écritures, les scribes, les pharisiens et comme nous-mêmes aujourd'hui, sommes appelés à considérer que le véritable commandement, c'est le Christ lui-même qui ne dit pas simplement : "Aimez-vous les uns les autres", mais qui nous donne et qui vit cet amour pour nous, en allant jusqu'à la croix. Il n'est pas simplement une des multiples paroles de l'Écriture, mais il est la Parole, le Verbe fait chair, celui qui marche avec les hommes, à leur rythme, sur leur chemin, pour les accompagner avec Lui vers on Royaume. Il est bien celui qui est le maître et le Seigneur, non pas celui qui oblige ou qui contraint, mais celui qui invite et qui appelle au bonheur qu'il veut pour chacun. Ainsi donc, ce à quoi nous invite le Seigneur c'est à être comme lui, à être pour nos frères, cette humanité de surcroît que nous pouvons être pour le Christ.

Nous pouvons être aussi comme une sorte de parabole et de parole d'évangile pour nos frères. Nous pouvons nous aussi, également, à la suite du maître, les inviter en marchant avec eux sur les chemins de l'ordinaire et du quotidien de leur vie, à connaître le bonheur, l'amour et l'appel au royaume. Le disciple n'est pas plus grand que le maître. Alors, si nous réalisons cela, si nous savons discerner dans notre vie ce qui se passe et ce qui se réalise, grâce à la communion au Christ, alors nous pourrons, non pas enlever la paille dans l'œil de notre frère, mais bien l'inviter à connaître ce qui est déjà notre propre bonheur. Nous ne serons pas alors sous la coupe de cette phrase du Christ : "Vous êtes des aveugles qui conduisez d'autres aveugles", mais bien au contraire, nous sommes d'autres "christs", d'autres chrétiens qui voulons simplement réaliser ce que le maître lui-même est venu accomplir.

 

 

AMEN