LA QUÊTE DE DIEU
Za 14, 6-11+16+20-21 ; Lc 15, 1-10
25 octobre 2003)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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ans la vie, on essaie de comprendre, de scruter ces imprévus qui ne cessent de contredire ce qu'on avait prévu de vivre, c'est cela la vie, la manière dont on accueille les choses qui n'ont pas été prévues et qu'on essaie d'intégrer, d'accepter contre soi-même ou avec soi-même. C'est la synthèse que nous faisons de cet imprévu qui fait la vie que nous avons. Et les années s'ajoutent, et les enfants viennent, et l'on se dit : voilà, ça, c'est ma vie ! Il faut croire que quand on fête vingt ans d'anniversaire de mariage et qu'on a six enfants plus un lapin, cela doit combler, et en même temps, il y a des choses qui ont dû casser, briser, transformer, comme pour chacun de nous. La vie effectivement, n'est pas cette droite ligne que nous aurions aimé, et qui n'est pas exactement ce que nous aurions pensé qu'elle devait être, mais elle est différente.
On avance ainsi, mais il y a une chose que nous allons ignorer jusqu'après notre mort, et c'est la manière dont Dieu est venu réordonner, réarranger, comme on reconstruit un bateau, on essaie de mettre les haubans pour faire tenir le mât, la façon dont il est intervenu comme un ouvrier, Il est fondamentalement ouvrier de vie même dans la mort. Il ne cesse pas de travailler pour que notre navire personnel, nos navires ensemble naviguent et tiennent la mer contre ces vagues et tous ces imprévus qui ne cessent de nous arriver, et qui peuvent déferler.
Cette quête qu'on entend dans l'évangile, cet acharnement de la quête, elle est de toujours. On peut reprocher à l'évangile de ne pas nous avoir parlé du rire de Jésus, mais on parle de la joie de Dieu. S'il y a bien un endroit où l'on parle de la joie de Dieu, c'est l'évangile. Il y a une fête divine lorsque la drachme, la brebis et tout homme perdu est retrouvé. Et on l'emmène, et l'homme l'étreint. Il y a une façon dont Dieu inlassablement cherche à nous rejoindre, et il ne nous est pas donné en cette vie d'en connaître toute l'intensité, mais seulement de la deviner. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être que nous serions éblouis de ce trop d'amour, paralysés, sidérés, et il a préféré que parfois on pense que ce n'est pas Lui, qu'on le prenne pour un autre. Mais au fond, lorsque toute chose se dévoilera devant Dieu et que notre cœur à son cœur parlera, notre corps à sa gloire parlera, parce que c'est cela qui va se passer, toute chose étant dite, toute parole qui dira toute vérité, dira la manière dont Il a inlassablement dans nos labyrinthes et dans nos forêts internes cherché à nous rejoindre, à nous sauver du loup. Il a dit cela comme un conte enfantin parce qu'il faut bien que les mots aussi enfantins sonnent moins graves. Mais c'est une façon de non pas de détourner le tragique, mais de le regarder du côté de la joie, et du côté de la manière dont le cœur de Dieu n'a qu'une envie, n'en perdre aucun.
C'est dans ce simple pressentiment que nous pouvons avoir dans cette vie, qu'il nous sera un jour donné de découvrir plus avant, le Père et le Fils en quête de l'homme, l'amour du Père comptant sans arrêt tous ses fils sans arrêt, inlassablement. Que cet amour qui d'ailleurs est signifié par l'eucharistie nous donne aussi notre joie à nous d'aujourd'hui.
AMEN