UNE ÉGLISE COSMOPOLITE
Za 3, 1-10 ; Lc 8, 1-3
(22 septembre 2003)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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ue dire de ce très court passage d'évangile, trois petits versets Peut-être, sont-ils plus riche qu'ils n'y paraît au premier abord. Le premier verset nous dit que Jésus va de ville en village, prêchant la Bonne Nouvelle du Royaume. Ensuite, on dit que les douze l'accompagnaient, et sur deux versets s'étalent les noms de femmes qui constituent comme le dit d'ailleurs la Bible lorsqu'elle donne des titres aux différents passages évangéliques sur l'entourage féminin de Jésus.
On peut se dire que ce n'est pas pour l'instant très fort comme parole, mais en réfléchissant, c'est à l'occasion de la description de Jésus allant de ville en village, annonçant la Bonne Nouvelle du Royaume que l'on nous parle de ceux qui encourent Jésus. Jésus accomplit là le cœur même de sa mission, l'annonce du Royaume. Pour certains évangélistes, l'évangile ne commence pas avec la naissance, l'âne, le bœuf et autres choses semblables, même si elle ne sont pas dans l'évangile, mais commence lorsque Jésus prêche la Bonne Nouvelle du Royaume : "Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle". Toute l'œuvre de Jésus est axée justement sur cette Bonne Nouvelle, sur cette annonce, et à travers l'annonce de la Bonne Nouvelle, ce n'est pas simplement une parole, mais le Royaume qui se constitue et s'accomplit. Il est en train d'être créé, d'être façonné.
Où est le Royaume ? Il est déjà dans la personne de Jésus, Il est le cœur de ce Royaume. Où voyons-nous le Royaume ? Dans ces quelques versets, les douze qui accompagnent Jésus, l'entourage féminin de Jésus et ces nombreuses personnes des villages et des villes dont on ne donne pas le nom et qui ont entendu Jésus, qui l'ont vu passer, qui l'ont touché, qui ont été saisis par la nouvelle du Royaume.
Cela m'évoque deux choses. La première, c'est que si l'évangile insiste pour nous donner le nom de quelques femmes qui accompagnent Jésus, cela transforme déjà l'image ou l'idée un peu vieillotte de nos catéchismes du dix-neuvième, où l'on voit toujours Jésus et douze bonshommes à côté de Lui. Finalement, c'est presque faux car ce n'est jamais Jésus et les douze, toujours seuls allant comme un seul homme annoncer le Royaume, instituer l'eucharistie, ou faire les miracles. C'est Jésus et un groupe un peu cosmopolite, tellement cosmopolite qu'il y a des femmes, ce qui peut nous paraître normal, à nous, maintenant, mais à l'époque, cela veut dire que des femmes mariées, pas mariées, de mauvaise vie, comme on le dit dans l'évangile, ou tout autre chose, la femme de l'intendant d'Hérode, Jeanne, qui a épousé Chouza, elle a laissé son intendant de mari auprès d'Hérode et elle est près de Jésus. C'est cela le Royaume. Ce sont tous ces gens. Ce n'est pas calculé comme on dit aujourd'hui, ce n'est pas dit à l'avance, c'est un tel et un tel, non, c'est fait de tous ces gens qui ont entendu la Bonne Nouvelle et qui suivent Jésus. Ils peuvent être la femme de l'intendant d'Hérode, comme la prostituée, ils peuvent aussi être l'apôtre, comme les douze, ou comme le simple villageois qui a rencontré Jésus. Cela signifie en somme chacun à sa place auprès de Jésus. Il n'y a pas de critère au départ pour dire, un tel est pour le Christ, et l'autre un peu moins, et l'autre pas du tout.
Cela va encore plus loin, et c'est une deuxième chose qui me touche, c'est que c'est le mystère même de notre l'Église. On peut s'en rendre compte déjà dans notre communauté paroissiale, parce que Dieu merci, il y a des femmes et quelques hommes, mais il y a plus encore, il y a la multiplicité, il y a la diversité, l'étendue. C'est une vision de l'Église dont nous n'avons pas l'habitude. Notre vision de l'Église est trop stéréotypée, nous avons une vision de l'Église où tout marche hiérarchiquement, et quand on pense Église, on pense encore trop souvent le pape, les évêques, les cardinaux entre, les prêtres et les baptisés, et même si on parle beaucoup des baptisés, il manque de prêtres et l'on remonte la chaîne. On oublie que l'Église c'est tous ceux qui ont rencontré le Christ. On le sait pertinemment, il y a en plus différentes dénominations d'Église, entre l'Église de la réforme, l'Église orthodoxe, et j'en passe et des meilleures, parce qu'après, cela se démultiplie, et il y a un grave problème, c'est que chacun finit pas constituer sa propre Église à lui tout seul, comme dans certaines confessions. Mais l'Église n'est pas d'abord une structure hiérarchisée, elle est une multiplicité, une diversité qui se reconnaît unie à Jésus. Ce qui fait le lien entre Marie la magdaléenne qui n'a rien à voir avec Jeanne femme de Chouza, et cette Suzanne dont on ne nous dit rien de plus, ces femmes qui n'ont sans doute rien à voir entre elles, elles ont en commun en tout cas une chose, le Christ et la Bonne Nouvelle. Cela nous rappelle le mystère de l'Église qui est pour le Christ envoyé au monde, et notre propre mystère de baptisé devenu un autre Christ pour nos frères et pour être unis et construire le Royaume avec le Christ.
AMEN