D'OU VENONS-NOUS ? OU ALLONS-NOUS ?

Ap 19, 1-9 ; Lc 21, 20-38

(19 novembre 2002)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

J

ournal de demain ou journal d'aujourd'hui, telle est la première question que nous pouvons nous poser à la suite de cet évangile ? Au fait, en le lisant de près, on y trouve des éléments de dévasta­tion, de désastre, de catastrophe, qui ont l'air d'être à la une du fracas de nos vies humaines, telles que nous les vivons en ce temps, comme les hommes l'ont tou­jours vécue dans tous les temps. Cette actualité de violence ne se dément pas, elle est d'aujourd'hui, et donc aussi d'hier et donc de demain.

Quelle est la première leçon que nous pou­vons tirer de cette violence de texte, non seulement d'ailleurs le texte raconte la violence, mais le dit avec violence. L'évangile utilise la violence et quand c'est nécessaire, dans un but pédagogique. Il y a la manière dont Jésus parle une manière de ne pas arrondir les angles que nous aimons bien trouver chez lui mais qui n'existe pas toujours, et dans cet évangile, c'est bien clair : Il tranche par sa Parole. Il a peut-être tellement conscience de l'endormissement de nos consciences et de nos vies spirituelles, qu'Il les secoue, comme on secoue un tamis, comme une sorte de piqûre de rap­pel, d'injonction qui est faite pour déployer toute une série d'images violentes qui soulèvent notre cons­cience et qui l'amènent à voir plus loin. Et pour voir quoi ? Premièrement, que malgré toutes les apparen­ces en nos vies et dans la vie des hommes, le point de gravité, le centre de référence, le point solide n'est pas de ce monde, il est ailleurs. Quand Dieu créa le monde et y plaça l'homme, il a certainement compris qu'il y aurait un risque pour nous d'imaginer que cette terre est le centre du monde, une sorte de stabilité interne. De même que les hommes ont pris conscience progressivement par différentes "révolutions", que non seulement la terre n'était pas le centre du monde, mais qu'au fond le soleil non plus n'est pas le centre du monde, et que nous ne sommes pas le centre du monde, Dieu ne finit pas de nous ouvrir les yeux sur la véritable question : d'où venons-nous et où allons-nous ? Et cette terre, cette création, l'histoire du monde, n'est que passagère et le véritable sens, le véritable lieu, le point solide sur lequel tout s'arc-boute, d'où tout vient et vers qui tout va, n'est pas ici.

Ici, nous sommes sur une sorte de vaisseau temporel, qui à travers l'histoire, à travers notre pro­pre vie, nous emmène quelque part, mais un jour, nous lâcherons le vaisseau pour rejoindre le Royaume de Dieu. Et la manière dont le Royaume prend pos­session de ce monde, c'est en achevant de le détruire, d'en détruire les éléments les plus mauvais. En tout cas, c'est la manière dont l'évangile nous prévient de ne rien garder de ce monde, et d'avoir les yeux comme ouvertes, sur cette proximité du Royaume qui va venir avec violence, fracasser ce qui reste du mau­vais monde pour nous ouvrir au nouveau monde.

Cette exhortation puissante du Christ ne nous amène pas forcément à mépriser le monde dans lequel nous sommes, ce serait l'autre côté du pendule. Nous pourrions, comme l'ont pensé différentes générations chrétiennes, jouer le mépris et nous croire plus forts, mais nous irons avec ce que nous sommes les uns les autres, et avec la partie cachée du monde, la partie cachée de notre histoire dont les morceaux seront récupérés pour construire le monde nouveau.

Nous sommes ici comme à la frontière entre les deux. Il ne faut ni mépriser, ni non plus nous atta­cher, mais attendre avec confiance, c'est ce que sus­citent ces paroles, l'arrivée du Christ sur les nuées, Christ qui vient sauver tous les hommes et tout ce qu'ils vivent, sans rien oublier.

 

AMEN