PRIORITÉ DE LA GUÉRISON SPIRITUELLE
Rm 14, 7-12 ; Lc 6, 12-19
(23 septembre 2002)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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uand on entend le texte que nous venons d'entendre, sur la guérison un peu systématique de Jésus par rapport aux maladies, on n'entend qu'une partie du sujet. Si on lit attentivement la manière dont Jésus veut guérir les maladies physiques, on s'aperçoit qu'il est plus réticent qu'on ne le croyait à la guérison des maladies physiques. Or, nous avons en tête un certain nombre de miracles, comme celui de l'homme à la main desséchée qui était l'extrait précédent de cet évangile, et d'autres encore. Mais si on porte attention à ces guérisons physiques, on y entend à la fois la réticence de Jésus à ne se tenir qu'à cette guérison physique, et surtout à vouloir ouvrir cette guérison à une autre dimension. Sinon, je ne m'expliquerais pas pourquoi nous qui sommes à la suite du Christ ne bénéficions plus de ces guérisons physiques, alors que le salut est offert du temps de sa vie, mais à tous les hommes de tous les temps. Il y aurait une sorte d'injustice ou de changement de registre radical, qui fait que Jésus ne nous guérirait plus sur le plan physique, mais se contenterait pour nous d'une guérison spirituelle.
Ce que Jésus vise, c'est la guérison de notre relation avec Dieu, et cette guérison spirituelle peut se passer pense Jésus, d'une guérison physique. Cela paraît cruel de le dire ainsi, mais c'est la réalité. On peut aller vers Dieu avec une seule jambe, ce n'est pas commode, mais on peut y arriver. La maladie qui peut atteindre notre corps, ne peut être un obstacle à notre relation avec Dieu, et ce que Jésus vise dans le salut, c'est cette dimension de la reprise de la relation avec Dieu, sans arrêt à recoudre, à réédifier, à remodeler. Elle peut se faire dans le bien-être physique, comme au cœur de la maladie, et pourquoi pas au moment même de la mort où cette relation se trouvera comme intensifiée et trouvera sa pleine mesure.
Ce que je dis là, ouvre des perspectives très compliquées et difficiles à établir entre guérison sur le plan somatique, et guérison sur le plan spirituel. Jésus n'est pas venu d'abord pour rénover l'humanité en son humanité. Il est venu rénover l'humanité en son devenir, en ce qu'elle doit devenir. Vous pouvez me dire : oui, mais enfin, nous souffrons des maux nombreux, non seulement les nôtres, mais aussi ceux des autres, parce que notre solidarité fonctionne heureusement, et nous souffrons de nos propres maladies comme nous souffrons des maladies de ceux que nous aimons, et qui en sont atteints. Cependant, nous ne pouvons pas nous raccrocher par la foi à la guérison somatique, la guérison physique, ce n'est pas ce que Dieu nous offre en premier.
Cela n'exclut pas que par débordement, comme dans l'évangile, parfois, l'âme guérie modifie un certain nombre de choses sur le plan physique et sur le plan psychologique. Mais, ce n'est pas systématique. Nous sommes invités comme tous les hommes, croyants ou non, à inventer entre nous, comme la médecine l'a inventé, comme la psychologie l'a inventé, des soins conformes à ce qui est malade en nous, mais ne confondons pas notre relation avec Dieu avec une demande systématique sur le plan physique. C'est d'abord la question spirituelle que Jésus veut venir sauver, et Il dira d'ailleurs souvent : les pauvres, les malades, vous en aurez toujours parmi vous. Nous ne pouvons pas rêver d'une sorte de règne intact dans lequel nous serions dégagés d'un certain nombre de contingences de la vie humaine avec ses fragilités, ses précarités en tant que telle, et même de ses chaos et de ses désordres qui s'y introduisent. Il y a, non pas une fatalité, mais une autre façon de voir.
Demandons au Seigneur que nous ayons le désir de demander la guérison spirituelle pour nous et pour nos frères, pour raviver en nous le goût de Dieu, plus que le goût de notre seul bien-être. Et peut-être d'ailleurs qu'en retour, Dieu nous modifiera, nous fera vivre autrement notre propre croix, nos propres souffrances, ou nos fragilités.
AMEN