L'ATTENTION POUR LES FAIBLES

Rm 14, 1-6 ; Lc 4, 38-44

(20 septembre 2002)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

L

e premier texte que nous avons entendu parle de la faiblesse, et nous dit de ne pas choquer le faible. En ce moment, à l'office de Com­plies que les frères célèbrent entre eux, après les vê­pres, on lit un passage de saint Augustin, les homélies sur les pasteurs. Dans ces textes que nous lisons le soir, saint Augustin distingue deux sortes de brebis, les fortes et les faibles. Il n'y aura jamais d'autre sorte de brebis que celles-là, soit on est fort, soit on est faible. D'ailleurs nous tous, moi y compris, nous sommes soit forts, soit faibles.

Quelle brebis sommes-nous ? une brebis aguerrie, une brebis qui est un vrai soldat de Dieu, ou sommes-nous une brebis toute faible, toute craintive et qui a besoin de davantage de soins ? saint Augustin exhorte les pasteurs à s'occuper des fortes et des fai­bles, parce qu'ils risquent de passer à côté de leur mission en négligeant soit les fortes, soit les faibles.

Comment peut-on négliger le soin des brebis fortes ? Comment peut-on avoir soin des brebis for­tes ? C'est en menant une vie irréprochable, ou une vie qui soit un bon exemple, une vie qui ne menace pas de faire tomber la brebis qui est plus faible. C'est un peu ce que dit saint Paul dans le texte des Romains que nous avons entendu. Ce n'est pas parce que nous avons une certaine science que nous pouvons choquer la brebis qui est plus faible. Et comment pouvons-nous négliger le soin des brebis plus faibles ? C'est en ne leur parlant pas de la croix du Christ, en le leur expliquant pas, à ces brebis faibles, qu'elles aussi au­ront à passer par la croix, qu'elles auront elles aussi à lutter contre les tentations, ou qu'elles auront elles aussi à aller jusqu'au bout de leur vocation de chrétien qui est, je crois tôt ou tard, d'embrasser la croix, non pour rester sur cette croix, mais pour ressusciter avec Celui qui a embrassé la croix d'une manière définitive pour nous emporter tous avec Lui.

Le soin des fortes et des faibles. Mais si cela s'adresse aux pasteurs, cela s'adresse aussi à chacun d'entre nous, tous, nous avons été baptisés, nous sommes prêtres, prophètes, et rois, et tous nous avons par notre conduite, à ne pas choquer les brebis qui sont fortes, tous nous avons pas notre conduite, à tra­duire à travers toute notre vie, que la croix est le sort particulier des chrétiens, de recevoir cette croix pour ressusciter avec le Christ.

Le Christ manifeste sa proximité avec les brebis les plus chétives, avec les brebis malades, le Christ qui est annoncé aussi par les martyrs. Aujour­d'hui, nous fêtons un homme qui a embrassé la croix d'une façon très particulière, c'est saint Laurent Im­bert. Il a été canonisé par Jean-Paul II en 1984 à Séoul, ce Laurent Imbert est né à Marignane, on re­père beaucoup mieux que Séoul, Il a fait ses études à Aix, comme beaucoup d'entre vous ici, et il a fré­quenté cette église. Il a semé aussi cette église du don de sa vie. Saint Laurent Imbert, missionnaire des Mis­sions étrangères de Paris, après avoir été en Chine est allé jusqu'en Corée, par souci des brebis les plus fai­bles, et là il a donné sa vie. Quel est le pasteur que Dieu demande ? Ce sont ces hommes et ces femmes qui vont jusqu'au bout du don de la vie que Dieu leur a donné, en donnant à leur tour cette vie pour Dieu et pour les brebis les plus faibles.

Demandons par l'intercession de saint Laurent Imbert, puisqu'il a chanté dans cette église aussi comme nous, que jamais nous ne choquions les plus fortes ou les plus faibles de ceux qui nous entourent.

 

 

AMEN