LA VIOLENCE ATTEINT DIEU
Ap 1, 1-10+12-19 ; Lc 20, 9-19
(3 novembre 2001)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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a violence de l'action des vignerons va croissante, et elle va de pair avec le dévoilement de Dieu qui essaie de susciter leur respect, leur égard. Plus la violence est forte, plus Dieu se laisse atteindre par cette violence, jusqu'à envoyer la chair de sa chair, son Fils. Plutôt que de contrer cette violence, au contraire, Il la subit, Il s'y soumet. Il y a une sorte de folie de la part de cet homme qui a loué la vigne et qui plutôt que de réagir, de contrer et de barricader cette violence, va aller jusqu'à soumettre son propre Fils, et Il dit : "Je vais envoyer mon Fils Bien-aimé, peut-être respecteront-ils celui-là". Mais à sa vue, les vignerons faisaient entre eux ce raisonnement : "celui-là est l'héritier, tuons-le pour avoir l'héritage, qu'il soit à nous".
Au fond, quand on relit dans l'autre sens cet évangile, c'est ce qu'ils cherchaient à avoir depuis le début. Ils voulaient non seulement atteindre l'héritage, mais atteindre l'héritier, en fait, atteindre Dieu Lui-même. La violence au fond, vise Dieu, vise l'innocence de Dieu, vise cette apparente fragilité de Dieu. Quand nous mesurons dans notre monde actuel les mouvements de violence qui ensanglantent et défigurent notre monde, au fond, celui qui en tire les ficelles, c'est celui qui veut atteindre, non pas l'homme qui n'est que l'instrument de cette violence, mais bien Dieu Lui-même, la création dans son ordre propre, dans la parole telle qu'Il a créé ce monde. Je crois que le mal tel qu'il s'empoisonne au contact des hommes avec leur haine, leur envie, comme on le voit actuellement, et qui prend une sorte de proportion non endiguable, au bout d'un moment, il ne vise plus l'homme, celui-ci devient le jouet de la multiplication de la haine, mais il vise Dieu.
C'est pour cela que la religion est faite essentiellement pour endiguer la violence, elle a une fonction de régulation de la violence humaine, parce qu'elle va à l'encontre de ce qui peut s'opposer à ce que l'homme rencontre Dieu. Le but final de la violence et de la haine, c'est d'atteindre Dieu dans ce qu'Il est, dans ce qu'Il a voulu, dans ce qu'Il a promis, dans ce qu'Il a de plus cher, de plus secret, de plus intime et de ce qu'Il veut donner aux hommes.
Cette parabole est la parabole de la façon dont Dieu s'ouvre, se laisse atteindre, se laisse toucher, et nous le verrons dans la Passion, dans les crachats, les injures et la mort. Au fond, Il s'est dit qu'il n'avait pas à battre le fer contre la mort, mais c'est autrement qu'Il la vaincra, en s'y soumettant, et en la déracinant comme de l'intérieur.
C'est ainsi que Dieu fait en nous, et nous n'avons pas à nous décourager des apparentes défection de Dieu, ou des manières dont nous penserions que nous sommes simplement dans des histoires humaines, au fond, ce qui est mal dans nos vies, ne veut pas simplement nous atteindre nous, mais veut atteindre Dieu présent en nous. Et là, nous voyons que le mal a une intention théologique, ce n'est pas uniquement une sorte de réalité qui s'oppose à nos vies, mais plus fondamentalement, plus gravement même, le mal veut atteindre la réalité même de Dieu et nous faire croire effectivement que Dieu n'a aucun pouvoir contre le Mal.
A travers l'Eucharistie que nous célébrons, infime parcelle de pain et de paix lancée dans ce monde, ces infimes parcelles de pain et de paix constituent cette arche de Noé sur laquelle nous sommes embarqués qui est l'arche de la paix, l'arche de l'Alliance que Dieu continue de construire patiemment avec chacun de nous, avec l'Église et l'humanité sauvée.
AMEN