LA FOI GUÉRIT LA PEUR !
1 M 3, 1-9 ; Lc 12, 1-12
(13 octobre 2001)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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rères et sœurs, le texte que nous venons d'entendre de l'évangile de saint Luc, ressemble un peu à ces couvertures qu'on appelle des patchworks, c'est-à-dire on prend des morceaux de différentes couleurs que l'on assemble avec goût, pour les organiser et pour faire un ensemble. Ici, il y a plusieurs paroles de Jésus qu'Il a dû sans doute prononcer en différentes circonstances, mais que l'évangéliste saint Luc a regroupées ici d'une façon originale pour rassembler un certain nombre de thèmes de la prédication de Jésus et les consigner par écrit.
Il me semble que ce petit patchwork de citations de l'évangile, de paroles de Jésus a une fonction bien précise, c'est une exhortation de Jésus à ses disciples contre la peur. Vous le savez, la peur est un sentiment très humain, mais généralement, on ne sait pas très bien d'où cela vient ? Souvent la peur est irrationnelle, on a peur alors qu'il n'y a pas à avoir peur. Souvent la peur dont on dit qu'elle est mauvaise conseillère, à partir du moment où il arrive du malheur quelque part elle se répand et devient la peur panique, c'est-à-dire qu'elle nous prend tout entier, dans les profondeurs de nous-mêmes et tout devient alors objet de peur (c'est un peu ce qui se passe actuellement, on le voit par la presse ou la télévision, aux Etats-Unis). La peur est sorte de sentiment qui est très difficile à maîtriser. Quand on a peur, ce n'est pas simplement dans notre tête que cela se passe, mais très vite cela prend possession de notre corps, et à ce moment-là on peut dire qu'on est paralysé de peur, foudroyé de peur, ce sont toutes les images d'une sorte d'immobilité, comme si la peur n'était pas simplement une appréhension du danger par l'esprit, mais que le corps lui-même ne veut pas y aller. D'où vient la peur ? En général, elle vient ce qui nous est arrivé auparavant, dans les moments difficiles ou les moments d'échec. Il n'y a rien de mieux pour expliquer la peur que le vieux proverbe : "Chat échaudé craint l'eau froide !" Quand on a vécu quelque chose sur le mode d'un échec, d'une souffrance, d'une menace, à ce moment-là se réveille en nous, à chaque fois que de près ou de loin, s'éveille cette menace, se lève en nous ce sentiment de peur. Et nous savons qu'à certains moments, c'est tellement enraciné en nous, qu'on n'avance plus, on est comme bloqué. Or l'enseignement de Jésus sur la peur (je ne dis pas qu'il va résoudre toutes les peurs qu'on peut éprouver depuis les peurs enfantines jusqu'aux peurs les plus fondées rationnellement), le "n'ayez pas peur", ce fameux "n'ayez pas peur" que Jean-Paul II a repris au début de son pontificat dans la première adresse publique qu'il a fait eu moment de la messe de son intronisation à Rome, il avait pris comme thème ce "n'ayez pas peur", ce refus de la peur par Jésus est une caractéristique fondamentale du christianisme. Alors que beaucoup de religions sont des religions de la peur, alors que dans beaucoup de religions, on utilise la peur pour faire peur à cause ou devant Dieu, et même qu'une certaine tradition chrétienne a cédé à ce travers, en réalité ce que le Christ a dit, et quand on regarde toutes les paroles du Christ qui touchent de près ou de loin la peur, c'est toujours la même chose, si vous avez peur, c'est que vous n'avez pas encore compris ce qu'est la foi. Je dirais que d'une certaine manière le contraire de la foi ce n'est pas l'incrédulité (bien sûr que c'est l'incrédulité), mais le vrai contraire de la foi c'est la peur. Tant qu'un homme n'a pas découvert qu'il pouvait vraiment faire confiance en Dieu dans le domaine religieux, il a peur. C'est difficile pour nous à l'assimiler vraiment parce que cela touche à des racines tellement profonde de notre être, mais le christianisme, la foi que Jésus est venu nous apporter et le foi comme attitude de confiance en Dieu qu'Il nous demande c'est la guérison de la peur. On pourrait présenter tout un aspect de notre propre vie chrétienne à la fois vis-à-vis de tous les dangers et les difficultés qui se présentent sur notre chemin, vis-à-vis par exemple de cet obstacle qui est à la fin de notre vie et qui est la mort, et qui suscite la peur, on pourrait dire que le Christ n'a eu avec ses disciples qu'une seule pédagogie, qui est de dire qu'à partir du moment où vous êtes dans la main de Dieu, n'ayez pas peur : "Ne craignez pas petit troupeau, voici que Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde".
C'est pour cette raison que Jésus dit : "Quand vous allez être en butte à la persécution n'essayez pas de trouver les parades, n'essayez pas de calculer avec vos ressources humaines, mais faites confiance". Je crois que c'est cela l'inversion de l'attitude religieuse que le christianisme a apporté. Là où trop souvent le comportement religieux a misé sur la peur, la peur de l'autre, la peur de Dieu, le Christ a dit : "Je ne suis pas venu apporter la peur dans le monde, mais Je suis venu vous apporter cette liberté des fils, c'est-à-dire de ceux qui font confiance en ce Dieu à qui ils peuvent remettre leur vie". Cela ne veut pas dire que toutes les peurs psychologiques sont effacées, ce n'est pas la méthode Cauhet, mais cela veut dire fondamentalement que l'attitude profonde de notre être en face de Dieu, en face de la vie, en face de tout ce qui touche aux racines les plus profondes de notre existence, ce n'est pas une attitude de peur, de crainte, cela viendrait éventuellement que parce qu'on ne compterait que sur ses propres forces et qu'on risquerait d'être voués à l'échec parce qu'on sait très bien que nos forces sont limitées, mais l'absence de peur vient à partir du moment qu'on sait qu'on peut faire confiance et la foi est l'exercice quotidien des chrétiens pour apprendre à se laisser libérer par Dieu de toute peur.
AMEN