L'ENTOURAGE FÉMININ DE JÉSUS

2 M 15, 1-5+20-27 ; Lc 8, 1-3

(28 septembre 2001)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, ce bref passage de l'évangile de saint Luc est fort intéressant. On dit souvent que les femmes dans la liturgie ancienne avaient une place négligeable et secondaire, et l'on dit encore aujourd'hui dans l'Église que les femmes sont mises de côté et n'ont pas leur place dans le sacer­doce. Or, ce passage de l'évangile nous montre l'im­portance des femmes pour Jésus. En effet, quand Jé­sus prêche le Royaume, la Bonne Nouvelle, Il est certes accompagné des douze apôtres, mais saint Luc prend soin de nous dire qu'Il est aussi accompagné de plusieurs femmes que nous retrouverons ici ou là dans l'évangile, notamment Marie-Madeleine la plus célè­bre d'entre elles, mais aussi Jeanne, une femme d'un certain niveau social, puisqu'elle était l'épouse de Chouza, l'intendant même du roi Hérode, Suzanne, que nous ne connaissons pas par ailleurs et plusieurs autres nous dit-on. Ainsi donc, parmi les intimes les plus proches de Jésus, il n'y avait pas seulement les douze apôtres, mais aussi diverses femmes et saint Luc nous dit qu'elles assistaient Jésus de leurs biens, ce qui suppose qu'elles avaient quelque fortune. Ce n'est pas la raison pour laquelle Jésus les conduisait avec Lui, mais cela manifeste l'importance qu'elles avaient dans le groupe des disciples d'une certaine manière, l'intendance dépendait d'elles. Nous verrons d'ailleurs dans l'évangile, on l'a déjà souvent remar­qué, que quand Jésus va mourir sur la croix, ce sont des femmes qui sont autour de Marie, sa Mère, qui sont au pied de la croix. Certes, il y a avec elles Jean l'évangéliste, mais c'est bien le seul, tous les autres ont fui, apeurés. Elles seules, affrontent ce moment terrible de la crucifixion et de la mort de Jésus. Ce sont elles aussi qui seront les premières au tombeau pour venir rendre les honneurs traditionnels au corps de Jésus, et de ce fait, ce sont elles aussi qui seront les premières à constater que le tombeau est vide, et à rencontrer Jésus ressuscité qui viendra les saluer : "Réjouissez-vous", et qui aura avec Marie-Madeleine, une de celles qui sont nommées ici, cet extraordinaire dialogue quand elle le prend pour le jardinier et que Jésus se fait reconnaître en l'appelant par son nom, sans doute avec cette intonation de voix qui Lui ap­partenait en propre et qui fait que Marie-Madeleine le reconnaît. Et puis Il les envoie, non seulement Marie-Madeleine mais aussi les autres femmes pour annon­cer aux disciples sa résurrection, faisant ainsi d'elles les apôtres des apôtres, les premières annonciatrices, les premières messagères de la Bonne Nouvelle de la Pâque du Christ.

Ainsi, si les douze sur lesquels Jésus fondera la prédication universelle de l'évangile, sur lesquels Il fondera l'Église sont tous des hommes, les femmes ne sont pas absentes et, elles ont un rôle très important, non seulement dans la vie quotidienne, en aidant le petit groupe de leurs biens, comme il nous est dit ici, mais aussi dans la vie proprement apostolique de l'évangile comme étant les premières annonciatrices de la Bonne Nouvelle. Ceci nous permet de compren­dre qu'il y a probablement malentendu quand on veut revendiquer comme un droit ou comme un honneur telle ou telle charge dans l'Église, les charges ici ne sont pas des honneurs, mais des services, et chacun est appelé à servir, homme ou femme, à servir ses frères, à servir Dieu dans ses frères.

Ce service est multiple, il est divers, ce n'est pas le lieu ici de discuter sur les rapports entre le sacerdoce et le sexe masculin ou féminin de celui qui pourrait le recevoir, cela nous entraînerait trop loin, mais ce qui est important c'est de comprendre qu'il ne s'agit pas ici de concurrence, il ne s'agit pas ici de privilège, il s'agit pour chacun de rendre le service de Dieu à l'Église là où il se trouve, et tel qu'il se trouve, chacun de ces services étant la gloire la plus profonde de celui qui le rend. Jésus Lui-même "n'est pas venu parmi les hommes pour être servi mais pour servir, et pour donner sa vie pour la multitude", c'est ce qui nous est proposé à tous, hommes ou femmes, servir nos frères jusqu'au don total de nous-mêmes.

 

 

AMEN