LA JALOUSIE DE DIEU

Os 2, 16-22 ; Lc 14, 25-33

(19 juin 2001)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

N

ous sommes confrontés une fois de plus avec cet évangile à la difficulté de suivre Jésus, nous sommes encore confrontés à des paro­les dures. C'est peut-être bien d'ailleurs qu'elles soient dures ces paroles, si le chemin était trop facile, on se débrouillerait bien tout seul, on n'aurait pas besoin de venir ici chercher cette nourriture pour la route. Si jamais c'était une grande descente, on n'aurait pas besoin de forces, mais la montée est rude, surtout quand il est dit dans cet évangile qu'il nous faut "haïr père, mère, enfants", même si haïr, c'est un hé­braïsme, une façon de dire qu'il faut préférer le Christ, c'est une certain façon d'évaluer nos affections, même les plus légitimes, au regard de ce Christ qui nous saisit tout entier, qui a fait les saints. Et puis il y a cette histoire aussi d'une tour à construire, d'une éva­luation des moyens que l'on a pour la construire, d'une guerre que l'on doit mener, des moyens en hommes et en matériels que l'on a pour aller à la rencontre d'un autre roi, là on serait sur un terrain connu, il s'agit de faire un "audit", de voir ce que l'on a comme ressour­ces. Mais la fin est aussi cinglante que la première image qui dit qu'il faut haïr père, mère et enfants, puisqu'elle dit qu'il faut partir simplement comme cela, et renoncer à tout pour suivre le Christ. Cela commence presque comme une maxime de sagesse et ça finit en cette préférence radicale. Nous, quand on se trouve face à des textes pareils, on se dit qu'on n'y arrivera pas, donc, on va choisir ce qu'on va donner à Dieu, on va faire le tri et peut-être même simplement donner le reste ! "Tu as l'art Seigneur, d'accommoder les restes !"

Alors, je vais Te laisser, et Tu vas te dé­brouiller. Je ne crois pas que ce soit ainsi qu'il faille partir au combat. Nous nous trompons toujours quand nous ramenons ces affaires à nous-mêmes. Il nous faut d'abord regarder Dieu pour nous décentrer. Nous sommes dans ce texte d'évangile dans la même veine que les textes des prophètes dans l'Ancien Testament, je pense à Ezéchiel, Jérémie, ou même Osée que l'on a entendu en première lecture, dans cette veine d'amour jaloux de Dieu, dans cette veine de cette ja­lousie de Dieu. Ce thème parcourt tous les récits pro­phétiques et Jésus reprend à son compte cette veine prophétique. Il la reprend, mais ce n'est pas cette ja­lousie qui est un des sept péchés capitaux, mais c'est la jalousie de l'amour. La jalousie peut être destruc­trice quand elle s'exerce entre deux personnes égales, parce que là on va vouloir ce que l'autre veut et que je n'ai pas, tandis que quand cette jalousie s'exerce entre Dieu et l'homme, on n'est pas dans un terrain d'éga­lité. On comprend alors que la jalousie de Dieu est un nouveau mot pour l'amour. Cela veut dire cet amour radical de Dieu pour nous, cela veut dire que Dieu nous poursuit non pour nous écraser, mais pour nous aimer. Ce qu'il y a d'extrêmement intéressant, c'est que Jésus en reprenant ce thème de la jalousie, de l'Ancien Testament, se l'attribue aussi. De dire qu'Il est jaloux comme Dieu est jaloux, c'est peut-être ma­nifester son égalité avec le Père, c'et de dire sûrement que l'amour dont Il nous aime, Lui Jésus, c'est le même que celui que le Père avait pour son peuple Israël, quand Il était jaloux et ne voulait pas que son peuple fréquente d'autres dieux, quand Il ne voulait pas qu'Israël fasse des concessions, quand Il voulait avoir Israël pour Lui tout seul. Et Jésus reprend ce thème-là, manifeste son égalité avec le Père, et intro­duit paradoxalement aussi le thème de l'Epoux, à tra­vers ce thème de la jalousie, de cette préférence radi­cale, il manifeste aussi qu'Il est l'Epoux de l'humanité.

C'est cela qui a poussé saint Romuald à cher­cher dans l'intransigeance cette vie seule, pour Dieu seul. C'est cela aussi qui a poussé Saints Gervais et Protais dont on ne connaît rien de leur vie, mais qui ont été des martyrs au temps de Néron. C'est cela qui a poussé tous les saints, cet amour jaloux du Seigneur, cette préférence absolue qui fait que certains ont em­boîté le pas de façon également absolue. Ils ont cher­ché dans la solitude ce que saint Bruno dit dans une de ses lettres : "Ils ont cherché à acquérir ce clair regard qui blesse d'amour le divin Epoux".

 

AMEN