L'OBOLE DE LA VEUVE
Ap 14, 1-7 ; Lc 21, 1-4
(18 novembre 2000)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
|
F |
rères et sœurs, il est heureux qu'aujourd'hui pour la dédicace des deux basiliques, celle de saint Pierre qui est au Vatican, et celle de saint Paul, qui est à la sortie de Rome, près de la porte d'Ostie, il est assez bien que nous ayons comme évangile celui de l'obole de la veuve, même si nous l'avons déjà lu dimanche dernier. Je vous en proposerai une interprétation un peu particulière en fonction précisément de la construction des basiliques.
Au fond, ce qui nous émerveille, ce sont les constructions de Michel-Ange, dans les constructions des basiliques de Saints Pierre et Paul, ou la reconstruction, puisque vous savez que saint Paul a brûlé en 1830, et qu'elle a été reconstruite à cette époque, la reconstruction à peu près à l'identique de la basilique constantinienne. Nous sommes comme les disciples qui admirent les pierres du Temple, qui admirent les dons, les générosités, la grandeur, les grandes pierres, qui admirent Michel-Ange, le Bernin, enfin, tout cela ! Si on réfléchit un instant, sur quoi repose la basilique du Vatican ? Sur un pauvre type qui a été crucifié la tête en bas, c'est tout. Un pauvre bonhomme qui avait renié son Seigneur, qui est arrivé à Rome, on ne sait pas trop comment, qui a commencé à être le chef de la communauté chrétienne qui avait sans doute été fondée auparavant, et qui a été attrapé dans une rafle de police sous Néron, et qui a été livré à la dérision des romains dans le cirque du Vatican. Et pour saint Paul, c'est pareil, sur quoi reposent toutes ces colonnes, cette magnifique colonnade de saint Paul hors les murs ? Sur un brave homme, un peu fort en gueule, qui s'est fait décapiter et c'est tout ! Il ne faut pas inverser les choses, c'est bien le bonhomme crucifié la tête en bas et le citoyen romain décapité dans une certaine dérision aussi qui sont les porteurs des édifices. C'est là que Jésus fait comprendre ce que signifie l'obole de la veuve. Evidemment, les disciples regardent le nombre des zéros qu'on met au bout des chèques. Celui-là, il a donné trois cent mille checkels, et celui-là cinquante mille. Jésus leur dit : "vous n'avez rien compris. Comment le Temple est-il bâti ? Il est bâti sur la générosité de ceux qui ont tout donné". Qu'est-ce qui fait le Temple ? Ce n'est pas le nombre des zéros qui sont inscrits après le "1", mais c'est l'obole de la veuve.
Qu'est-ce qui fait l'Église ? C'est cela aujourd'hui, vous me direz qu'on n'a plus tellement aujourd'hui la tentation de construire des basiliques comme saint Pierre et saint Paul. C'est vrai, on n'a plus les moyens, c'est clair, donc on abaisse le niveau. Mais qu'est-ce qui porte l'Église, qu'est-ce qui porte nos églises ? Bien sûr on est heureux d'un patrimoine, de tout ce qui est beau et grand, on aime le baroque, mais sur quoi repose-t-il ce baroque ? Sur l'humble communion des fidèles, sur les actes charité les plus humbles, alignés les uns après les autres, dans le secret du cœur des hommes et le secret du cœur de Dieu.
Si on fête aujourd'hui les grandes basiliques romaines, que cela ne nous détourne pas le regard vers les pierres, les colonnades ou vers les sculptures, si belles soient-elles, et Dieu sait, moi je suis le premier à en être un gourmand effréné, intempérant, mais tout cela, d'où cela vient-il, sur quoi est-ce que cela repose ? Sur l'humble martyre de Pierre et de Paul, et sur tous ces réseaux incroyables d'une communion secrète dans le cœur de l'homme et dans le cœur de Dieu.
AMEN