LES BAGAGES INUTILES
Jb 18, 5-12+16-19 ; Lc 9, 1-9
(23 septembre 2000)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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'emportez rien en chemin, ni bâton, ni argent, ni tuniques".
Frères set sœurs, il suffit de passer quelques minutes aujourd'hui dans un aéroport ou dans une gare SNCF, pour se rendre compte de ce fait étrange c'est que le cœur du déplacement aujourd'hui, ce sont les bagages. Au fond, on pourrait dire que le symbole même du voyages, les vacances, ce sont les valises, plus exactement d'ailleurs, aujourd'hui, si on devait faire une phénoménologie du voyage, on distinguerait soigneusement ceux qui ont encore besoin de la grosse valise Delsey, avec les roulettes et le manche qui permet de la tirer derrière soi comme un toutou, ou bien ceux qui sont les adeptes du Guide du routard et de l'immuable sac à dos qui a vu le jour vers les années 36 et qui continue une carrière de plus en plus resplendissante, et il y a aussi ces voyageurs modernes qui ont en même temps le complet cravate et l'attaché-case simplement. Dans cette gamme, on pourrait dire : "Dis-moi quels sont tes bagages et je te dirai qui tu es", de même que les bagages peuvent prendre des importances très relatives, il y en a pour qui le fait de faire les valises, c'est essentiel et fondamental, cela fait déjà partie des vacances, avec l'angoisse de ne rien oublier, et puis d'autres au contraire, moi je suis de ceux-là qui font leurs bagages en cinq minutes, et qui oublient la moitié des choses, ce qui ajoute quelque chose au charme des vacances que de n'avoir pas exactement tout ce qu'on avait prévu.
Même si ce n'était pas encore le problème à l'époque de Jésus, car je pense que quand on devait voyager on faisait porter ses bagages par des esclaves, on a connu cela encore jusqu'à la plus belle époque coloniale, les gens avaient leurs porteurs, et ils se faisaient même porter eux-mêmes, donc, Jésus enjoint à ses disciples une attitude radicale vis-à-vis du problème de l'évangélisation il n'y aura pas de bagages, pas de valise, pas de sac à dos, pas de pyjama de rechange, pas de brosse à dents, rien, rien ! Cela veut dire quelque chose de très important que nous ne réalisons pas assez, cela veut dire : "l'évangile, c'est vous, point". Si l'Église aujourd'hui veut être évangélique, elle ne doit pas avoir de bagages. L'évangile, c'est nous, c'est votre personne, vous les messagers, vous partez, Je suis avec vous, et je suis votre seul bagage, qui n'est pas très encombrant, car Dieu est extrêmement discret.
Jésus donne ici une nouvelle perspective de communication à l'intérieur même du monde religieux. Dans les religions et les cultures méditerranéennes anciennes, les religions craignent les bagages, à commencer par les temples. Le Parthénon n'est pas transportable, aucun des temples anciens, sauf quelques fous d'archéologues au dix-neuvième siècle qui ont démonté les temples de leurs fouilles pour aller les reconstituer au British Muséum ou au Louvre, mais normalement, ce n'est pas déplaçable, il faut les grues et les instruments modernes pour arriver à les déplacer, mais dans la conception de l'ancien monde, la religion n'est pas déplaçable. Ce que Jésus a proposé comme nouvelle manière de comprendre la religion, c'est que c'était un évangile qui passait de personne à personne, chaque personne étant pour son frère, l'évangile. Et c'est comme cela que le christianisme a réussi en Méditerranée, c'est parce qu'il était infiniment léger, qu'il a pu voler aussi vite d'un bout à l'autre du monde méditerranéen, c'est précisément parce qu'il n'avait pas de bagages qu'il a pu prendre racine partout et qu'il n'était pas limité par cette espèce de pesanteur des choses à transporter, c'était uniquement les messagers qui allaient de village en village. Saint Paul a appliqué littéralement le principe, et les communautés au démarrage ont respecté cette demande de Jésus.
Cela nous pose un certain nombre de questions aujourd'hui, c'est vrai que c'est difficile de se déplacer pendant vingt siècles, qu'on prend vite ses habitudes et notre type de bagages et de valises, mais il y a une certaine manière d'évangéliser qui est à respecter, que ce soient nos personnes, nos communautés elles-mêmes dépourvues de tous bagages, qui sont les véritables témoins et les annonciateurs du salut.
AMEN