LES OUTRES NEUVES
Jb 13, 2-3+7-16 ; Lc 5, 29-39
(9 septembre 2000)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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e passage de l'évangile de Luc nous parle de nouveauté. Il y a un certain nombre de questions qui sont posées à Jésus : "Pourquoi manges-tu avec les pécheurs et les publicains ? Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas ?" Si ces questions sont posées à Jésus c'est tout simplement parce qu'Il bouscule les manières de faire habituelles qui sont enracinées dans une histoire aussi bien religieuse que sociale. Donc, lorsque Jésus se met à manger avec les pécheurs et les publicains, comme lorsque ses disciples ne jeûnent pas, mais mangent et boivent, ils sont en situation déphasée par rapport à ce qu'on a l'habitude de faire en Israël. Et la réponse de Jésus est caractéristique, à la première question Il répond : "Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin du médecin, mais les malades". La deuxième réponse va même plus loin, puisqu'Il se désigne comme l'Epoux et lorsque l'Epoux est là ce devrait être normal, on se réjouit, on ne pleure pas, ce n'est pas un malheur que des épousailles.
Jésus inscrit ainsi l'homme dans une radicale nouveauté. Non pas qu'Il balaie d'un seul coup de main toutes les traditions religieuses d'Israël, Luc, comme les autres évangélistes sait très bien que Jésus est venu accomplir les Écritures et non pas enlever un seul point de la Loi. Mais le problème de la venue de Jésus éclaire dans une toute nouvelle réalité dans une grande nouveauté, tout ce que l'homme a vécu jusqu'alors. Il ne fait pas fi du passé ou de l'histoire, de la tradition ou des rites, mais Il les éclaire de manière déterminante et définitive, Il les révèle sous leur vrai jour. Le repas pris avec les pécheurs et le fait que les disciples ne jeûnent pas ne marquent pas une rupture, mais créent au contraire un espace nouveau à la venue de celui qui était attendu. L'exemple étant celui du vêtement neuf qu'on ne met pas sur un vêtement vieux, sinon on perd les deux vêtements, et le neuf, et le vieux. Comme pour le vin qu'on ne met pas dans des outres vieilles, sinon le vin est gâché.
Quel est l'intérêt de cet évangile pour nous aujourd'hui ? Il y a parfois en nous un peu comme chez les pharisiens, des restes d'histoires passées, de calculs, de conceptions dans notre esprit et dans notre vie qui nous empêchent de comprendre que pour nous la foi aujourd'hui, c'est un élément absolument nouveau dans notre quotidien. Nous ne nous inscrivons pas tellement dans le passé, nous ne nions pas la tradition, mais nous avons du mal à vivre la radicale nouveauté du Salut de Jésus dans notre vie de tous les jours. Je pense qu'il ne faut pas perdre cela de vue, trop souvent nous ressemblons face au salut que Dieu nous propose, à de vieux vêtements sur lesquels tant bien que mal, Jésus essaie de coudre une pièce neuve. On peut aller jusqu'à dire que parfois nous ressemblons davantage à de vieilles outres qu'à des outres neuves capables de recevoir le vin nouveau des noces de l'Agneau. Or, la vie sacramentelle, c'est toujours le jaillissement de la vie de Dieu et cette vie de Dieu est toujours créée au moment où nous la recevons, elle est l'absolue radicalité de la nouveauté du salut. Ainsi, dans le sacrement de la réconciliation nous sommes appelés comme le disait si bien Tertullien "ce baptême dans les larmes qui fait à nouveau de nous des enfants nés à nouveau dans la lumière". De même dans l'eucharistie où nous célébrons les noces de l'Agneau, nous sommes appelés à nous réjouir de la nouveauté de l'Epoux qu'aujourd'hui nous découvrons à travers cette eucharistie que Jésus a voulu faire vivre et comprendre à ses contemporains. Il vaut mieux alors se sentir comme ces malades qui ont besoin du médecin, comprendre qu'on doit quitter la maladie et la mort pour entrer dans la nouveauté de Dieu, ou être comme ces gens qui acceptent malgré ce qu'ils sont, de se réjouir avec Jésus, parce que Jésus est aujourd'hui dans la vie, et que c'est cela qui compte, et non pas les vieilles histoires ni les vieux vêtements, encore moins la vieille outre que nous sommes.
AMEN