ILS SONT SI DIFFÉRENTS

Jr 23, 16-24-28 b-29 ; Lc 6, 12-19

(13 octobre 1998)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

Carennac : Les apôtres

 

O

n pourrait voir uniquement dans le choix des douze apôtres par Jésus, la seule structure ou constitution hiérarchique de l'Église avec cette foule qui va suivre Jésus, et entre la foule et Jésus, il y a ces apôtres qui sont choisis.

Or, je crois que le choix des apôtres n'est pas tant une mise en place ou la mise en oeuvre d'une structure, d'une organisation de l'Église, mais plus particulièrement, c'est la manière dont Jésus se donne à l'Église, dont Jésus se dit par l'Église, et donc, ce choix des douze dit l'identité de l'Église.

Tout d'abord, parce que l'Église ne s'est pas contentée de faire comme Jésus, de faire même un peu mieux que Jésus, en mettant de plus en plus d'in­termédiaires, comme on le croit souvent entre les baptisés et Dieu, et en multipliant les titres ecclésias­tiques à foison, afin de contenter tout le monde, et d'avoir non pas une légion d'honneur ecclésiastique, mais qui une barrette, ou un cordon supplémentaire, mais c'est bien le contraire, Jésus et l'Église l'ont compris, c'est que l'Église est capable d'insérer des hommes de toutes conditions.

Il y a deux choses importantes dans cet appel des douze apôtres, dans la constitution du collège apostolique : c'est le fait d'abord, que Jésus prie. Il prie dit-on toute la nuit, avant d'instituer les douze. Donc, Jésus n'arrive pas en tête comme un directeur d'entreprise qui aurait simplement passé la nuit à es­sayer, avec son chasseur de têtes qu'il va placer aux postes clés des différents services de son entreprise, mais c'est d'abord dans un dialogue avec son Père, une relation profonde à Dieu que naît la vocation même de certains dans l'Église à être apôtres.

Non pas pour distancer les autres de suivre Jésus, puisqu'on voit une foule nombreuse suivre Jé­sus, mais plutôt pour signifier ce que veut dire être apôtre pour chacun d'entre nous.

Et la deuxième chose importante, face à cette élection des apôtres, c'est leurs différences. En effet, ne serait-ce que par leur nom, on se rend compte que les apôtres n'ont pas la même origine.

Qu'y a-t-il de commun entre des gens qui portent des noms qui ont plutôt des consonances grecques d'avec ceux qui ont des consonances juives? Il y a déjà là le rassemblement de races différentes.De même dans ceux qui sont profondément dans leur fonction, il y celui qui est Iscarioth, l'autre c'est le zélote, etc ... ce qui veut dire que chacun est reconnu et choisi pour ce qu'il est.

Et le principe justement de l'apostolicité, et donc du visage même de ce qu'est l'Église, ce n'est pas l'uniformité, mais c'est la communion dans la différence. Et c'est pourquoi il me semble que cela dit d'abord ce que nous sommes, d'abord dans notre ma­nière d'être, et ce que nous devenons par notre appartenance à l'Église. Nous sommes d'abord tous choisis, et pas par hasard. Nous sommes choisis dans la tendresse et la miséricorde même de ceux qui se choisissent par amour, comme le Père et le Fils le vivent depuis l'éternité.

C'est dans ce même mouvement que chacun est appelé, que chacun est aimé, pour être nommé comme l'épouse, pour être nommé apôtre, c'est-à-dire, envoyé. Et quelle que soit notre fonction dans l'Église, quelle que soit notre manière d'y participer, de construire l'Église, c'est parce que nous sommes toujours apôtres, envoyés ! Nous ne nous choisissons pas nous-mêmes d'être ainsi, nous ne nous donnons pas à nous-mêmes le titre d'apôtres, et nous sommes bien envoyés, c'est-à-dire qu'il a bien fallu que quel­qu'un nous désigne, nous appelle, nous élise.

Et ensuite, cela n'est pas fait pour que tout le monde soit pareil, mais bien pour bâtir le Royaume de Dieu, mais bien pour construire l'Église du Seigneur, pour annoncer à ces hommes de toutes races, de tou­tes langues, peuples et nations que le salut est aussi pour eux, parce que Jésus reconnaît pour chacun de nous notre identité, et que du coup notre appartenance à l'Église signifie notre vocation profonde.

 

AMEN