UN SEUL A RENDU GRÂCES
Ap 4 1-11 ; Lc 17, 11-19
(29 octobre 1994)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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'ingratitude des neuf lépreux de cet évangile est si évidente qu'elle nous met sur la voie d'un mystère profond de Dieu par rapport à nous. Nous sommes précédés par une bienveillance systématique, permanente de Dieu. J'allais dire, chacun de nos actes, chacune de nos pensées, chacun des éléments de notre vie est présidé, couronné par cette bienveillance divine, par cet amour qui précède chacune de nos vies et qui l'inonde d'une façon permanente.
Ici, il est évident qu'un seul lépreux a reconnu l'origine de cette bienveillance et est allé remercier Dieu de l'avoir guéri. C'est facile dans cet évangile puisqu'il s'agit de guérison et de rendre grâces après la guérison. C'est plus difficile quand il s'agit de reconnaître que tous les événements de notre vie sont précédés par cette même bienveillance. En général, nous voulons raisonner par exclusion. Le mal existant sur la terre et ayant différentes formes, il n'est pas possible que quelqu'un soit, en permanence, bon et non pas Dieu. Donc il faut ou que ce Dieu ne soit pas bon, première solution ou qu'Il suspende de temps en temps sa bonté pour laisser le mal faire son œuvre. Ou encore qu'Il soit si indifférent à la vie des hommes qu'Il n'a cure de la vie que nous avons.
La foi proclame le paradoxe incroyable que Dieu ne cesse pas d'être bon et bienveillant en tout événement, quel qu'il soit, même le plus terrible, et qu'Il continue, à l'intérieur même de l'événement le plus tragique de notre vie, le plus près du mal, à exercer avec force et liberté cette même bienveillance, ce qui est la cas de la mort. Lorsque nous célébrons quelqu'un que nous avons aimé et qui est parti ou que nous veillons quelqu'un qui est en train de mourir, nous pouvons tout à la fois vérifier cette œuvre du mal, cette fragilité intrinsèque à la vie humaine et en même temps, à l'intérieur même, comme mystérieusement cachée à nos yeux de chair mais non à nos yeux de foi, cette main tendue de Dieu, ce cœur ouvert du Christ, cette présence bienveillante de Dieu.
Et le chrétien est celui qui, non pas par défi mais en aiguisant ses sens, découvre à l'intérieur de tout événement la fidélité têtue de Dieu. Souvent d'ailleurs nous le constatons après coup. Lorsque nous relisons notre vie et constatons, qu'après ces temps difficiles que nous avons traversés, quelque chose a germé en nous, quelque chose a transformé notre cœur. On pourrait dire quelqu'un est advenu en nous qui est Dieu, quelqu'un a pris possession de notre vie plus profondément encore, au plus profond de notre cœur. Et nous pouvons tout à la fois avoir mal et espérer. Nous pouvons tout à la fois souffrir et croire malgré tout, nous pouvons tout à la fois nous révolter mais garder la foi au Dieu vivant et unique. Dans l'Église, il n'est pas interdit de se révolter, c'est même une forme de prière, car la révolte est un début de dialogue.
N'effaçons pas rapidement de notre vie l'action de grâces. Elle ne vient pas comme une injure au mal, elle en est comme le secret profond. Faisons monter vers Dieu notre reconnaissance de Le savoir toujours fidèle en tout événement, les plus tragique soit-il, car nous saurons qu'Il ne nous a jamais abandonnés et qu'Il se réjouit lorsque nous tournons notre visage vers Lui, même lorsque ce visage est de chagrin.
AMEN