JÉSUS ET L'ARGENT

Ap 3, 7-13 ; Lc 16, 10-17

(26 octobre 1994)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

U

n discours de Jésus sur l'argent est toujours très dur. Avec l'intendant infidèle, nous avons entendu ce que le Christ pense de l'ar­gent et du bien. Il annonce aussi qu'il sera plus diffi­cile à un riche d'entrer dans le Royaume qu'à un cha­meau de passer par le trou d'une aiguille. Ce qui nous est nous dit là est sans doute très important puisque cela revient très souvent dans l'évangile. Mais en même temps il ne faut pas opposer systématiquement Dieu et l'argent. Pourquoi ? Parce que, dans le contexte même dans lequel Jésus se situe, c'est un contexte juif c'est-à-dire dans lequel on pensait que le bien, l'argent, la terre, la vigne, l'olivier, la maison remplie d'enfants, tout cela était signe de la bénédic­tion de Dieu. D'ailleurs Dieu avait dit à l'homme d'ha­biter cette terre, de la soumettre et de la dominer. Donc en quelque sorte les biens de la terre, ce qu'il nous est donné de vivre au quotidien avec toutes les valeurs et qualités de cette terre, dont un don de Dieu et une bénédiction de Dieu.

Alors méfions-nous. Ce n'est pas cela que Jé­sus récuse. Ce à quoi Il s'attaque c'est à l'illusion que donne le bien, à l'artifice de l'argent, car la sensation de pouvoir ou la sensation de domination non seule­ment sur des valeurs marchandes mais plus encore sur des personnes, et c'est cela que Jésus attaque, cela est un mal parce que cela s'oppose au don même de Dieu, au don gratuit de Dieu qui est là et qui doit être le seul servi parce qu'Il est le seul Bien véritable, parce qu'Il est le seul pouvoir, Il est la seule puissance effective. Et c'est pourquoi Il dira explicitement : "On ne peut servir deux maîtres !" C'est pourquoi Il dira de Lui-même que ceux qui se sont montrés fidèles en peu de choses, même envers le bien ou l'argent étranger, alors ils seront fidèles dans les grandes choses. Ceux-là seront fidèles quand ils auront le vrai bien.

Donc par rapport à tout ce qui motive les hommes, par rapport à ce qui fait agir certaines per­sonnes, et Dieu sait que dans notre société c'est une grande difficulté que d'être mû par des désirs terres­tres s'ils sont d'ordre financier, Jésus affirme qu'il n'y a qu'un seul vrai bien, il n'y a qu'une seule fidélité, il n'y a qu'une seule chose qui ait du pouvoir et de la valeur, c'est celui qui annonce la vérité, c'est celui qui peut donner la vie. Ainsi Jésus nous renvoie toujours, non pas à nous opposer au monde, mais à voir ce qui, dans les réalités de ce monde, est déjà le signe de sa présence et plus encore de découvrir, à travers les réalités de ce monde, le vrai Bien c'est-à-dire son vi­sage d'amour, donné, livré au monde pour que nous soyons sauvés.

 

 

AMEN