LA LOGIQUE DE L'EVANGILE

Ba 2, 19-20+23+25-26 ; Lc 10, 17-24

(24 septembre 1994)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

P

ar trois fois cette page d'évangile établit une opposition entre ce qui est puissant aux yeux du monde et ce qui est grand aux yeux de Dieu.

Tout d'abord Satan qui tombe comme l'éclair à la prédication des soixante-douze envoyés par le Christ. Et cependant Jésus leur dit : "Ne vous réjouis­sez pas de ce que les esprits vous sont soumis, de ce que les démons obéissent à votre parole, réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux."

Deuxième opposition, les sages, les habiles à qui est caché le mystère de Dieu et les tout-petits à qui ce même mystère est révélé.

Troisième opposition, les prophètes, les rois qui ont voulu voir et qui n'ont pas vu, entendre et n'ont pas entendu, tandis que les disciples, ces pau­vres disciples, humbles et sages qui entourent Jésus, eux, sont proclamés bienheureux parce qu'ils voient le mystère de Dieu.

C'est donc à trois reprises que Jésus oppose la logique de l'évangile à celle du monde. La vérité, le bonheur, la joie ne résident pas dans la domination cosmique sur les puissances, fussent les puissances du mal. Elles ne résident pas dans la sagesse humaine, dans la connaissance et l'habileté, elles ne résident même pas dans les pouvoirs prophétiques. La joie, la vérité, le bonheur résident dans le fait d'être assez humble, assez petit pour que nos yeux s'ouvrent, pour que nos oreilles entendent, pour que le mystère puisse nous être révélé.

Ce mystère qui nous rend bienheureux. Et nous sommes ces bienheureux. Heureux ceux qui voient ce que vous voyez. Est-ce que nous nous ré­jouissons assez de voir ce que nous voyons. Que voyons-nous ? Ce que Jésus, le Fils, veut bien nous révéler. Et ce qu'Il nous révèle, c'est l'amour infini du Père pour Lui et de Lui pour le Père. Cet amour infini et en même temps si simple, si humble, si profond qu'il nous est donné. Si nous voulons faire notre cœur petit pour qu'il puisse entendre la voix de Jésus, le murmure de Jésus très doux qui nous parle, alors nos yeux s'ouvriront, nos oreilles entendront et nous ver­rons, nous communierons à ce mystère qui est si in­time si secret, si profond, qui est celui de la tendresse du Père pour son Fils et du Fils pour le Père, ten­dresse qui nous est révélée, tendresse qui nous est donnée, tendresse à laquelle nous sommes appelés.

Entrer dans le mystère de Dieu c'est entrer dans le mystère de son amour, c'est faire de notre cœur un cœur capable d'aimer comme Jésus, comme le Père aime. Nous sommes appelés à cela. Telle est notre mission, telle est notre vocation. Etre des êtres d'amour, des êtres de cette tendresse divine qui puis­sent rayonner autour de nous le mystère même de Dieu.

 

AMEN