LE CŒUR DE L'HOMME

Ba 1, 15 b-22 ; Lc 8, 1-3

(20 septembre 1994)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

I

l n'est pas affirmé dans la Bible que le cœur de l'homme est mauvais mais que ses desseins sont mauvais. La Révélation fait une distinction entre le cœur qui nous est donné, ce cœur qui d'ailleurs contient en lui la possibilité de rencontrer Dieu, et les desseins que forme notre cœur.

Dans cet extrait d'une "Prière des exilés", nous avons entendu comment la honte et le déshon­neur ont collé au visage de ceux qui reconnaissent s'être détournée du dessein de Dieu. Dans cette prière, ils prennent conscience que les desseins qu'ils ont formés ont fermé leur cœur. La honte est d'ailleurs ce qui empêche une communication. Lorsque quelqu'un est saisi par la honte, on ne peut lui parler, il est comme enfermé en lui-même, en prise avec sa propre culpabilité, il se durcit, souvent on dit dans la Bible que le visage su durcit de honte, et il ferme ainsi toute référencé à l'extérieur.

Le cœur de l'homme n'est pas mauvais, mais pour vivre et faire vivre l'homme dans lequel il est, il doit avoir une référence extérieure à lui. Lorsque nous cessons de nous référer à l'autre, en l'occurrence à Dieu, à sa lumière, et que nous prenons comme point de gravité nous-même, nous ouvrons la porte à un dessein mauvais nous ouvrons la porte à une tendance presque inhérente à ce cœur isolé, un dessèchement de notre humanité, un éloignement de la grâce et de la douceur de Dieu.

Nous avons à maintenir une communication permanente entre ce que nous sommes et ce qu'Il est. Et c'est là la garantie que nous sommes sur la voie de la bonté et de la bonté donnée par la grâce divine.

Ainsi pouvons-nous, en ce jour, méditer quel­ques instants sur la façon dont nous avons l'habitude de maintenir certaines dispositions intérieures propres à nous, loin des autres ou loin de Dieu et de n'ouvrir à Dieu que certaines parties bien cloisonnées de notre vie. Alors qu'il faudrait, pour que la conversion soit totale, que l'ensemble de notre vie s'ouvre en prenant le risque de perdre un peu notre équilibre habituel pour que Dieu convertisse et ouvre ce cœur aux des­seins de son propre cœur.

Demandons au Seigneur, que nous détestions, avec une haine totale, tous les mouvements de repli et d'enfermement et que nous préférions, avant tout, contempler le visage ouvert de Dieu.

 

 

AMEN