ÉTENDS TA MAIN !
Ne 4, 1-4+8 ; Lc 6, 12-19
(19 octobre 1992)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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ans le passage que nous venons d'entendre, il est question du choix des douze précédé d'une longue nuit de face à face entre le Fils et le Père, une prière silencieuse ou sonore, peu importe qui est comme l'entrée nécessaire à la naissance de la communauté des hommes qui suivent le Christ.
Le passage précédent raconte la guérison d'un homme à la main desséchée qui se tenait à l'entrée d'une synagogue. Le Christ avait demandé à cet homme : "Etends ta main !" Qu'il ouvre sa main.
Je disais hier que la prière était peut-être le moment où nous avons les deux mains vides, non pas comme l'enfant qui voudrait échanger sa bille et qui, avant de lâcher sa bille voudrait avoir dans l'autre main la monnaie d'échange et qui tient ainsi les deux mains bien serrées, peut-être que la prière est le moment où nous devons avoir vraiment les deux mains ouvertes, en ayant lâché la vie ancienne et an acceptant de ne pas avoir encore reçu la vie nouvelle.
Dans cette nuit préalable au choix des douze, le Christ a les deux mains vides. Il est riche de ce qu'Il va construire le lendemain, comme nous sommes riches de ce que nous donnons. Cette prière est comme l'ouverture, la mise en disponibilité de notre être pour le Seigneur, comme Lui-même envers le Père. Elle ne le comble pas immédiatement d'une Église, d'une victoire, mais le rend peut-être encore plus vulnérable ou plus près de l'agonie qui sera la sienne. On peut ainsi comprendre la prière comme le moment d'expérience que nous pouvons avoir sur cette terre les deux mains vides, en attendant que les mains se remplissent de la vie nouvelle, acceptant que la vie ancienne nous coule entre les doigts et ne sachant pas encore que cette vie nouvelle nous remplira de nouveau.
Vous avez là, dans la prière personnelle, la prière de l'Église, la prière sacramentelle, une pointe, une sorte de reflet précis de ce que Dieu vit en Lui-même, entre le Père et le Fils, un abandon tel qu'on attend de ne pas encore avoir reçu pour donner et donner davantage.
Alors, par cette image simple de l'enfant qui veut échanger ce qu'il a de plus cher au monde pour une chose plus brillante encore et qui attend d'avoir sa monnaie, dans l'autre main avant de lâcher la bille qu'il accepte de donner, nous sommes un peu avec Dieu comme des enfants qui ne lâchent pas prise sur la vie ancienne et qui n'acceptent de lâcher que lorsque nous aurons mis la main sur la vie nouvelle. Peut-être que le moment de la prière personnelle ou même de celle d'aujourd'hui serait le moment favorable pour apprendre à avoir nos mains déliées, décrispées sur nos possessions pour recevoir plus pleinement, au temps favorable, la vie promise par Dieu.
AMEN