LE SERVITEUR

Ap 6, 1-8 ; Lc 17, 5-10

(7 novembre 1991)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

e mot de serviteur est l'un des plus souvent rencontrés dans les évangiles. Si l'on suit un peu sa trace dans le fil des quatre évangiles, on peut discerner plusieurs éléments qui éclairent le passage d'aujourd'hui.

Le serviteur est celui qui doit attendre le re­tour du maître. C'est celui qui sera jugé sur sa vigi­lance.

Le serviteur est aussi celui qui doit faire preuve d'intelligence car on lui demande d'être un serviteur avisé et rusé.

Le serviteur est aussi celui que l'on envoie dehors, dans les rues, s'enquérir de nouveaux invités puisque les premiers invités se sont tous récusés pour des raisons ou des prétextes divers. C'est donc lui qui ramasse dans les rues les estropiés, les boiteux et les aveugles qui vont venir s'attabler autour du maître.

En cas d'absence du maître, ce qui arrive sou­vent dans les paraboles, le serviteur doit le remplacer et commander.

Enfin le serviteur, comme nous l'entendons aujourd'hui, est celui qui doit faire ce qu'il a à faire.

Il semblerait donc que ce mot serviteur défi­nisse exactement la place de l'homme par rapport à Dieu. Et si l'évangile insiste tant, c'est que nous som­mes redevables de Dieu et non l'inverse. C'est peut-être pour nous donner comme horizon la grâce d'avoir été élevé du rang d'esclave à celui de serviteur, nous découvrions la gratuité de cette grâce de Dieu.

En fait dans l'évangile, si on les lit tous en­semble, le serviteur est celui qui partage profondé­ment l'intimité du maître. Informé de tout ce qui se passe dans la maison. Il est le familier de Dieu. Et plus loin encore, saint Jean dira, ce qui est le sommet du service : "Je ne vous appelle pas serviteurs mais amis !" Mais l'amitié c'est une histoire. Elle com­mence par un service, elle découvre la gratuité et elle se reçoit comme un amour.

C'est pourquoi nous avons aujourd'hui à en­tendre l'évangile et le psaume que nous avons chanté et qui l'éclaire incroyablement comme le serviteur qui parle à son Maître : "Donne à ton serviteur un gage de ta bonté. Agis pour ton serviteur selon ton amour. Par-dessus tout, j'aime tes volontés plus que l'or le plus précieux. Ainsi je veux être accordé à tous tes commandements".

 

AMEN