L'INTENDANT INFIDÈLE
Ap 5, 1-10 ; Lc 16, 1-9
(6 novembre 1991)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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ette parabole peut toujours nous surprendre car que le Christ recommande de nous faire des amis avec un malhonnête argent, cela a en effet de quoi nous surprendre. Je ne pense pas que l'on puisse "acheter" ses amis, sinon l'amitié n'aurait dans ces cas-là pas beaucoup de valeur et serait uniquement dévolue à ceux qui en auraient les moyens. Au-delà d'une réaction première, il nous faut comprendre que le Christ parle en situant cette parabole dans un contexte d'économie.
Cet intendant a de l'argent parce qu'il a été malhonnête. Il l'a pris à son maître. Ainsi le Christ veut nous situer dans le rapport que nous avons nous-mêmes avec le salut. Nous sommes en effet intendants du salut. Le maître, c'est Dieu et il est à noter que ce maître est très riche. Il a pour nous toute la surabondance de sa vie, de sa miséricorde, de son pardon. Seulement nous nous trouvons, comme cet intendant. Notre gestion n'est pas malhonnête, mais peut-être qu'elle n'est pas aussi brillante que la grâce qui nous a été faite au jour de notre baptême, de la grâce qui nous est faite lorsque nous communions au corps et au sang du Christ. Certes, il faut le savoir, la gestion du salut nous appartient. Le Christ a voulu que l'annonce de sa Parole, l'annonce de son salut, la vie avec Lui commence par nous, commence par des hommes, passe par nos pauvres moyens humains. Et nous avons à "abuser" de la grâce de Dieu, nous avons à la réclamer pour pouvoir la distribuer, pour pouvoir faire de tous les hommes des amis, non pas nos propres amis, mais les amis de Dieu. Nous ne devons pas "voler" la grâce de Dieu, la restreindre à notre propre petite vie personnelle, mais être des intendants fidèles, c'est-à-dire aussi généreux, aussi larges que le maître.
Il y a donc pour nous une leçon dans cette parabole. Lorsque l'intendant remet leurs dettes aux débiteurs, il le fait selon une somme d'argent assez importante puisque l'on estime que la valeur de ce qu'il remet correspond à cinq cents deniers soit cinq cents journées de salaire pour un travailleur agricole. Cela veut dire que, pour nous aussi, il faut non seulement annoncer le salut mais aussi savoir, à l'exemple du maître, être large, savoir remettre les dettes, même si cela n'est pas facile, même si cela n'est pas de l'ordre de l'oubli, mais savoir correspondre et vivre comme l'intendant l'aujourd'hui du pardon de Dieu. Comme l'intendant, nous sommes pressés de trouver une solution adéquate à notre relation avec Dieu et à notre relation avec nos frères et c'est un point capital de la situer au niveau du pardon et c'est souvent la chose la plus difficile à vivre. Finalement malgré tout, nous avons comme cet intendant, à être pressé par le temps, par ce temps du salut, par ce temps du pardon que le Seigneur nous invite à vivre et donc à vivre d'une façon avisée, en sachant que, même si tout ne dépend pas de nous, puisque la grâce vient de Dieu seul, malgré tout elle est entre nos mains. Et donc nous pouvons faire beaucoup de bien ou beaucoup de mal. C'est pour cela que l'Église est si souvent critiquée car elle paraît bien en dessous de la vocation à laquelle elle a été appelée.
Que cette parabole soit pour nous un appel à reconsidérer que si nous sommes des êtres sauvés, c'est parce que nous avons été pardonnés; que ce pardon, nous l'avons au jour le jour, qu'il fait partie de la gratuité de la surabondance de Dieu et que nous n'avons pas à le restreindre simplement à une vie qui serait enfermée dans nos propres conceptions, une vision du monde qui serait restreinte à nos propres approches, qu'elles soient humaines, morales ou spirituelles, mais que, au contraire, nous avons à être avisés, c'est-à-dire à laisser transparaître à travers notre vie toute la grâce, tout le salut, tout le pardon de Dieu, à laisser notre corps être une eucharistie pour ce monde.
AMEN