IL FAUT SE CONVERTIR

Ap 2, 12-17 ; Lc 13, 1-9

(26 octobre 1991)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

S

i vous ne vous convertissez pas, cela vous arri­vera pareillement". D'ordinaire, Jésus aime à prendre des paraboles pour expliquer ce que sa mission a d'extraordinaire en ce monde. Dans ce passage, Il prend les signes du temps, choses qui arrivent d'une façon ordinaire. Des galiléens massacrés dont on mêle le sang aux romains, une tour qui s'écrase et qui, dans sa chute, emporte aussi bien des justes que des pécheurs. Quel doit être pour nous le signe sinon que, finalement, nous ne sommes pas simplement des individus. Certes toute vie est une vie personnelle, mais elle est lice à l'ensemble de la société et du monde. Il n'y a pas d'un côté des justes qui seraient préservés et de l'autre des injustes qui, le péché aidant et se cachant toujours dans les remous de la personne, ont peut-être mérité leur sort. On croyait alors que ne périssent d'une façon injuste que les injustes.

Notre monde moderne, la sclérose religieuse aidant, n'a pas beaucoup évolué. Nous attribuons au hasard le fait que telle ou telle chose arrive et on dit volontiers : "Mais qu'est-ce que j'ai fait au Bon Dieu pour que cela m'arrive ?" Mais on ne demande jamais ce que l'on a fait au Bon Dieu pour que la grâce du Seigneur vous soit donnée. Or, comme le disait Eli­sabeth Leseur, il nous faut prendre conscience que "toute âme qui s'élève élève le monde." Notre lien avec le monde, avec la société est d'ordre, je dirais écclésial car nous, les enfants du Royaume, nous avons à nous situer aussi don comme une somme d'individus isolés mais avec des relations très profon­des dues à notre unicité par la grâce qui nous a été donnée dans le baptême. Donc, dans ce monde, toute chose doit nous servir de signe. Tout doit être pour nous un appel à la conversion. C'est ce que rappe­laient les diverses apparitions de Lourdes, de la Sa­lette ou de Fatima. Il s'agit toujours de se convertir. Et il faut toujours, dans les signes de ce temps, non pas se dire : "je suis meilleur que l'autre et c'est pour cela que j'échappe à telle catastrophe", mais reconnaître que tout doit nous révéler la venue du Royaume, que tout doit être signe de la venue du Christ. Non seule­ment en ce monde mais dans notre cœur, que, comme le proclamait saint Luc au début de son évangile, "c'est une année de grâce qui est proclamée."

Ce n'est pas parce que nous faisons partie de l'Église, ce n'est pas parce que nous sommes pieux, ce n'est pas parce que nous aimerions venir aux offices ou à l'eucharistie tous les jours que nous sommes dis­pensés de nous convertir. Le Christ qui est là Lui que l'Apocalypse décrivait comme Celui qui va éclairer par sa Parole, c'est l'image du glaive tranchant, et qui va discerner en ce monde, le Christ qui est là vient établir le jugement sur la terre. Jugement qui consiste tout simplement pour nous à le choisir ou à le refuser, à ne pas considérer que ça va être notre sainteté qui va nous mériter le don de Dieu et sa grâce.

Demandons à la vierge Marie de nous faire prendre conscience que l'Église ne nous dispense pas de la pénitence et de la conversion, que ce n'est pas parce que nous faisons des actes pieux que nous sommes à l'abri de ce monde ou de la société, mais au contraire, que toute chose, dans notre vie et dans notre monde, est un appel à nous convertir c'est-à-dire à nous retourner vers Dieu, à vivre un véritable retour­nement pour choisir véritablement Celui qui est à l'origine et à la fin de notre vie, Jésus-Christ qui, au­jourd'hui encore, se donne à nous dans l'eucharistie.

 

 

AMEN