ÊTRE UN VIVANT POUR DIEU
1 Th 5, 1-8 ; Lc 12, 22-31
(22 octobre 1991)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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propos de ce texte de l'évangile j'aimerais votre attention sur un point et vous laisser ensuite poursuivre votre méditation. Quand Jésus demande cet abandon fondamental à la Providence du Père, Il propose une nouvelle conception de l'homme. Il dit que "la vie est plus que la nourriture et le corps plus que le vêtement". Ensuite toutes les comparaisons qu'il prend pour expliquer la manière même dont nous devons vivre, sont empruntées au règne animal, les oiseaux, au règne végétal, les lis des champs. Qu'est-ce à dire ?
A l'époque de Jésus, très souvent, les deux systèmes de référence pour estimer un homme étaient soit l'intelligence, cela c'était la tradition grecque, les savants, les platoniciens, ceux qui "avaient des idées", et de l'autre côté les riches, ceux qui possédaient beaucoup de choses et qui, par conséquent, avaient un pouvoir ou une influence dans la société. Autrement dit, les deux échelles de référence pour définir l'homme c'étaient ou bien le pouvoir et l'avoir d'un côté ou bien le savoir de l'autre côté.
Or pour dire notre relation au Père, le Christ ne fait appel à aucun de ces registres. Il fait appel au registre en apparence le plus animal en nous, le désir de vivre. Il parle de vie qui est plus importante que la nourriture c'est-à-dire des biens que l'on peut acheter pour bien vivre, pour faire bombance et Il parle du corps qui est le signe manifeste de notre existence et de notre vie.
Je crois que ces simples considérations ont changé considérablement la face des choses car aujourd'hui si la vie humaine d'un homme compte c'est à cause de cela. Dans l'antiquité, la vie d'un esclave ne comptait pas parce qu'il n'avait ni savoir ni pouvoir. Il n'avait aucun intérêt et donc il pouvait mourir, c'était simplement une perte économique. Dans l'Antiquité également, la médecine n'était pas prisée comme une sorte d'art extraordinaire. Si on avait la santé, tant mieux, si on ne l'avait pas, tant pis. Or le christianisme nous a fait découvrir que la vie elle-même, notre substrat de vouloir vivre, d'animalité presque, est quelque chose de fondamental parce qu'il est l'objet de la sollicitude de Dieu.
Il y a encore plus. Lorsque le Christ veut nous dire ce que sera l'au-delà, Il dit que nous serons des "vivants", des vivants de la vie même de Dieu. Là encore, Il ne nous décrit pas, comme le fait l'islam, un paradis où l'on vit comme des espèces de nouveaux riches, enrichis par les bienfaits d'Allah, ni non plus dans une sorte de sphère platonicienne dans laquelle on contemple les idées pures, mais Il dit que "nous vivrons avec Dieu." Autrement dit, une des choses qui a profondément changé notre compréhension de l'homme, c'est de comprendre vraiment que l'homme est un vivant. Et je crois que nous aurions intérêt à mieux comprendre ce que cela veut dire. Nous ne sommes pas des "cerveaux sur pattes" et nous ne sommes pas faits pour accumuler. Mais ce qui nous caractérise comme hommes, c'est la vie et de désir de vivre. Et c'est le lieu même de notre rencontre avec Dieu.
Alors qu'au moment même où nous recevons l'eucharistie qui n'est pas comme ces nourritures qui s'accumulent mais qui est au contraire communication de vie divine, nous comprenions mieux ce que veut dire pour chacun d'entre nous "être un vivant pour Dieu et par Dieu."
AMEN