COMME L'ÉCLAIR

Ap 3, 7-13 ; Lc 17, 20-37

(12 novembre 1990)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

L

e dernier jour sera un jour d'épreuve, un jour de jugement, un jour de crise. C'est pourquoi les images et le langage utilisés par Jésus tou­chent et expriment des situations "limites". Il est question de ces deux personnes sur un même lit, de ces deux femmes qui sont à moudre ensemble et dont l'une disparaîtra tandis que l'autre restera. Il est ques­tion de celui qui perd complètement sa vie pour la conserver, Et ceci dans le rappel des grands événe­ments de crise et de jugement de l'Ancien Testament, l'affaire de Noé et le déluge, l'affaire de Lot, la des­truction de Sodome et l'affaire de la femme de Lot qui, parce qu'elle regarde en arrière sera comme une statue, c'est-à-dire n'aura plus part à la vie et à l'ave­nir.

Ceci ne doit pas nous effrayer et encore moins alimenter en nous une espèce de vision imaginaire, à plus forte raison extravagante, comme nous en livrent presque quotidiennement la presse, les journaux ou les émissions télévisées. La parole du Christ est ex­trêmement simple, elle se résume dans la réponse qu'Il a faite à la question des pharisiens. "Quand le royaume arrivera-t-il ?" A une question sur le "temps" où sur le moment, Jésus va répondre par la notion de lieu. "Là où est le corps, là se rassemblent les vautours !" C'est une image. Là où est le royaume de Dieu, là devront se rassembler les hommes. Il n'est donc pas question de temps ou de moment. Mais plus exactement d'un lieu, d'un localisation. Et, de façon plus précise, selon les termes mêmes de Jésus, cette localisation nous est signifiée par l'image de l'éclair qui traverse le ciel d'un bout à l'autre, qui transperce les ténèbres et qui, de façon instantanée mais extraor­dinaire, éblouit.

Cette image est celle de la Résurrection, est celle de ce moment où le Christ va se lever du tom­beau, de ce lieu de la mort, de la destruction, de la non-espérance, du péché, pour en sortir jaillissant dans la lumière du salut, dans la lumière de la vie, dans la lumière de la vie gagnée. C'est pourquoi Jésus peut dire qu'il s'agit d'un "Jour" et non pas d'un jour chronologique, mais d'un jour qu'Il est Lui-même. Il est "le Jour", Il est l'éclair, Il est la lumière, Il est le resplendissement. C'est cette première notion que le Christ, aujourd'hui, veut nous faire comprendre. C'est que le temps de la crise, le temps du choix, le temps de l'épreuve c'est-à-dire e l'endurance, de l'espérance, comme l'exprime l'auteur du livre de l'Apocalypse, c'est maintenant. Maintenant parce que dans l'image de l'éclair, il n'y a pas simplement le lieu totalement illuminé, mais il y a aussi l'instantané, le surgisse­ment. Dans la perspective de ce passage de saint Luc, il n'est pas question ici d'une notion d'achèvement ou de perfection ou de gloire de la fin des temps. Il est question de surgissement, de l'immédiateté "comme l'éclair.

Or ceci est exactement la réalité du Christ qui ressuscite, qui se manifeste "comme un éclair", dans la quotidienneté de notre vie, pour tous les hommes et pour chaque homme. "Le royaume de Dieu est au milieu de vous !" Ne le cherchez pas à un moment ou à l'autre de l'histoire, surtout pas dans l'avenir, ni à la fin. Cherchez-le dans le lieu où Il se tient. "Il est au milieu de vous. " Comme l'éclair qui vous illumine et qui, instantanément à chaque instant de votre vie, vous appelle à entrer dans sa lumière, vous appelle à quitter votre vie pour vous laisser entraîner dans sa Pâque, vous appelle à vous rappeler incessamment que si nous vivons dans les choses du temps et de l'histoire, vendre, acheter, construire, prendre femme ou mari, ceci ne doit jamais nous distraire de la pré­sence dans l'histoire du Christ pour qui toute vie doit être tout le temps donnée. Et l'épreuve elle est là. L'épreuve n'est pas ce que nous aurons à subir par les vicissitudes du temps, de la société, etc…, mais ce que nous avons à subir dans le choix que nous avons à faire chaque jour, le choix de vivre dans la lumière de la Pâque du Christ. Et ça c'est une épreuve plus grande que toutes les vicissitudes de l'histoire pour peu qu'on veuille bien la vivre.

"Avant que le Jour se manifeste" dit Jésus, "il faudra que le Fils de l'Homme connaisse l'épreuve de la souffrance". Pour que nous ayons, dans la foi, l'as­surance que notre vie chrétienne est toujours placée à la lumière de l'éclair, il faut que la Parole de Dieu "comme un glaive à double tranchant" vienne tran­cher dans notre vie et vienne ouvrir notre cœur à la Résurrection, à la vie du Christ, à la présence instan­tanée c'est-à-dire à chaque moment de la totalité de la Pâque de Jésus, signifiée dans le symbolisme de l'éclair. Ceci n'est absolument pas effrayant, c'est extraordinairement pacifiant car le jour est là Nous n'avons qu'à nous laisser saisir par le jour. Et vous savez très bien que la meilleure façon de se laisser saisir par le jour, c'est de se réveiller.

 

 

AMEN