ACCIDENT OU PÉCHÉ ?

Ez 36, 16-23 ; Lc 13, 1-9

(23 octobre 1990)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

ette page d'évangile est très intéressante en ce qui concerne les rapports entre le péché et le mal, les épreuves qui nous surviennent. Jésus affirme plusieurs choses.

La première c'est que la tour de Siloë n'est pas tombée sur les dix-huit habitants de Jérusalem qui ont péri parce qu'ils étaient pécheurs plus que les autres. Et pas davantage, le massacre fait par Pilate de plu­sieurs Galiléens, qui semble-t-il avaient commencé eux-mêmes par massacrer plusieurs de leurs compa­triotes, ne vient pas de ce qu'ils étaient de plus pécheurs. Par conséquent, nous avons tort quand nous interprétons les évènements comme des punitions de nos fautes. Jésus s'inscrit en faux contre cette interprétation. Si nous sommes malades, si quelqu'un meurt, si quelqu'un a un accident ou une épreuve particulière, ce n'est pas une punition de ses péchés, ce n'est pas parce qu'il est plus pécheur que les autres. Ceci c'est de la superstition, c'est transformer Dieu en une espèce de caisse automatique qui nous rendrait la monnaie de notre pièce.

Jésus se sert de ces malheurs comme d'une comparaison. De la même façon que la tour de Siloë en tombant a provoqué la mort d'un certain nombre de personnes, de la même façon mais sur un autre regis­tre, notre manque de pénitence, notre refus de conver­sion est aussi cause de mort, mais d'une mort spiri­tuelle.

C'est une analogie que prend Jésus. Il com­pare donc notre péché à une mort spirituelle. Et là encore non pas une mort qui nous serait infligée comme une punition mais un mort qui est en quelque sorte contenue dans notre péché lui-même. C'est notre péché c'est-à-dire notre refus d'amour, notre refus de nous convertir, notre refus de faire pénitence, donc notre refus de changer notre vie qui est cause de mort pour notre propre âme. Notre cœur meurt faute d'amour, notre cœur meurt parce que nous le refer­mons sur lui-même, parce que nous refusons de re­tourner notre cœur vers Dieu et vers les autres. La conversion est un retournement du cœur. En raison de notre péché, nous sommes spontanément centrés sur nous-mêmes, tournés vers nous et Dieu nous demande de nous retourner vers Lui et par la même occasion de nous retourner vers nos frères car le mouvement de conversion est le même. Que ce soit aimer Dieu ou aimer-notre prochain, c'est la même chose au plan de l'abandon de notre propre excellence et de notre re­cherche égoïste de nous-même. Il y a une mort du cœur, une mort spirituelle qui est analogue à la mort physique, mais alors que la mort physique est causée par toutes sortes d'événements, la mort spirituelle est causée par notre péché.

Il y a ensuite cette parabole du figuier qui a trait à la même problématique. Dieu apparaît comme Celui qui est patient car à travers les paroles du vigne­ron qui dit à son maître : "Laisse encore ce figuier une année ! Je vais mettre du fumier autour pour voir si par hasard il ne portera pas de fruit !" à travers ces paroles du vigneron c'est la miséricorde de Dieu qui nous est enseignée. Dieu patiente. Dieu essaie, par toutes sortes de moyens, de nous entourer d'engrais spirituels qui permettront de vaincre cette stérilité de notre cœur. Dieu ne s'avoue pas vaincu et même si nous persistons dans l'aridité et la stérilité Dieu inlas­sablement essaie toujours, dans un délai nouveau de nous convertir, de nous faire porter un peu de fruit, si petit soit-il.

Je crois qu'il faut que nous considérions que les conséquences du mal viennent de notre endurcis­sement, viennent de notre propre péché. Et Dieu Lui se situe constamment au nom de la patience, de la miséricorde, de l'indulgence, de l'essai inlassable qu'il tente avec nous pour nous sauver de ce péché qui est notre mort et qui, petit à petit, nous détruit.

Alors laissons notre cœur être touché par cet appel de la miséricorde de Dieu. Dieu veut nous sau­ver. Ne nous enfermons pas définitivement dans notre mal, dans notre égoïsme. Ne nous replions pas défini­tivement sur nous-mêmes. Laissons notre cœur être atteint par cet appel pressant de Dieu qui veut nous convertir pour nous conduire jusqu'à Lui.

 

 

AMEN