TOUT VOUS SERA DONNÉ
Ez 34, 11-16 ; Lc 12, 22-31
(16 octobre 1990)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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ette page d'évangile est bien connue et nous pourrions en conclure que nous ne devons ni travailler ni faire de prévisions, de comptes, ni tenir un budget puisque, de toute façon tout nous sera donné par Dieu gratuitement. Il y aurait une certaine naïveté ou un certain héroïsme à vivre ainsi dans une pauvreté totale, attendant que la Providence c'est-à-dire généralement les autres, subviennent à nos besoins. Je pense que le Seigneur ne demande pas sauf vocation exceptionnelle ne demande pas à la plupart d'entre nous d'agir ainsi. Il n'est pas très sûr que la société humaine pourrait fonctionner si tout le monde prenait ces principes au pied de la lettre. Souvent le Seigneur parle d'une manière absolue pour nous faire découvrir une dimension de la vie.
Ce que le Seigneur veut dire ici, ce n'est pas qu'il faut cesser de travailler ou de gérer son budget, mais qu'il y a un ordre des valeurs, qu'il y a des choses essentielles et des choses secondaires. Souvent nous faisons passer les choses secondaires avant les choses essentielles. La phrase finale est celle qui porte l'enseignement précis du Christ : "Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et tout le reste vous sera donné par surcroît !" le Royaume de Dieu c'est-à-dire la présence de Dieu dans notre vie, c'est-à-dire le rayonnement de cette présence en nous et autour de nous, c'est-à-dire la paix avec nos frères, l'attention aux autres, la générosité, le don de nous aux autres, le partage même quand on manque apparemment de l'essentiel, cela est primordial.
C'est à cela qu'il faut penser d'abord et le reste ne viendra peut-être pas tout seul, mais trouvera sa place à partir de cela. Si nous sommes d'abord préoccupés de nous-mêmes, de nos finances, de nos plaisirs, de nos désirs, de toutes les richesses nécessaires pour assouvir ces plaisirs ou ces besoins prétendus ou imaginaires, il ne restera pas grand-chose d'abord pour partager avec les autres parce que nous n'en aurons jamais assez pour nous-même, et par grand-chose comme temps pour penser à Dieu, pour nous intéresser à Lui, pour orienter notre cœur vers le Royaume.
Il est vrai que quoi que nous fassions, quels que soient nos soucis et nos préoccupations, nous n'augmenterons pas notre vie d'une coudée comme le dit le Christ. Nous mourrons et nous mourrons nus, nous mourrons pauvres, nous n'emporterons rien de ce qui a fait tout l'essentiel de nos soucis, nous n'emporterons rien avec nous au-delà de la mort. Il faut donc, il est capital que nous remettions les choses à leur place et que nous sachions qu'il est nécessaire de prévoir et de subvenir à nos besoins mais qu'il est encore plus nécessaire de nous intéresser aux besoins des autres, et par conséquent de nous préoccuper de ce qui est indispensable pour leur vie, quitte à partager avec eux-mêmes si nous avons le sentiment de n'avoir pas un superflu extraordinaire pour nous-même. Il est plus important de donner que d'amasser, il est plus important d'ouvrir son cœur que de fermer les mains, il est plus important d'être attentif aux autres et d'abord à Dieu qui est l'Autre fondamental de notre vie et qui est le Père de tous, plutôt que, inlassablement, de se préoccuper de tout ce qui sollicite notre cœur ou semble être un besoin de notre vie. Ou bien nous sommes centrés sur nous-mêmes, et comme nous ne sommes pas le centre et l'axe de notre vie, nous nous centrons sur du vent, parce que ce nous-mêmes que nous choyons et dont nous nous préoccupons nous échappe tant dans ses causes que dans ses coordonnées, ou bien nous nous centrons sur ce qui est véritable ment le centre du monde c'est-à-dire sur Dieu et sur la communion de nos frères et tous ensemble avec Dieu. Et à ce moment-là chaque chose trouve sa place une place juste, une place souvent relative en réalité, mais réelle et probablement alors efficace.
Ce qui est important ce n'est pas de nous fixer des horizons héroïques auxquels nous ne parviendrons pas, tout au moins pour la plupart d'entre nous, et qui nous laisserons retomber dans nos petits travers quotidiens. Ce qu'il faut, c'est dans la vérité, réoriente l'ensemble de notre vie d'une manière pleinement lucide. La lucidité c'est de savoir que nous sommes mortels, que nous sommes pauvres, que nous n'avons pas la domination sur le monde et sur nous-même et que par conséquent nous sommes entre les mains de Dieu, et que par conséquent le plus important c'est de nous tourner vers Dieu et de nous préoccuper de Lui et de remettre tout le reste à sa place en fonction de Lui.
AMEN