DEMANDEZ ET VOUS RECEVREZ !

Ez 32, 17-25+31-32 ; Lc 11, 1-13

(10 octobre 1990)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

D

emandez et l'on vous donnera ! Cherchez et vous trouverez ! Frappez et l'on vous ou­vrira !"

Notre expérience sait que ça ne fonctionne pas tout à fait de cette manière-là. Combien de fois demandons-nous quelque chose dans la prière et cela ne nous est pas accordé. D'ailleurs ce serait trop sim­ple si toutes les fois que nous avons besoin ou envie de quelque chose, il suffisait de le demander pour l'obtenir. Il n'est probablement pas très bon d'appren­dre aux enfants que quand on demande quelque chose dans sa prière, on l'obtient. On risque beaucoup de déceptions et ne sont pas rares les enfants qui ont perdu le sens de la prière, voire même la foi, parce qu'on leur avait dit qu'il suffisait de demander pour obtenir la guérison de leur grand-père alors que le grand-père est mort quand même. Il ne faut pas avoir une sorte de conception un peu superstitieuse de la prière, en particulier quand il s'agit de choses qui ne dépendent pas de la volonté de Dieu comme si on demande la conversion de quelqu'un de très cher. Dieu ne peut pas imposer à la liberté de quelqu'un de se tourner vers Lui et de se convertir.

Il y a donc sur la prière un gros problème. Si nous disons que la prière n'est pas suivie d'effet, ne produit pas de résultat, on dira : "A quoi bon prier ?" Si de toute façon, les choses suivent leur cours, Dieu qui sait tout sait déjà ce dont nous avons besoin et ne nous le donne que s'il estime que c'est utile, si les circonstances le permettent, si les gens intéressés sont d'accord, etc... alors pourquoi prier ?

Dans son épître, saint Jacques nous dit : "Vous demandez et vous ne recevez pas parce que vous demandez mal. Vous demandez afin de dépenser pour vos passions." Alors peut-être que nous deman­dons mal. C'est souvent une réponse que l'on donne au problème. "Si vous demandiez comme il faut, vous obtiendrez !" Ce n'est peut-être pas tout à fait le sens. "Demander mal" cela ne veut pas dire seulement avec le cœur mal disposé, dans de mauvaises conditions spirituelles, demander sans être en accord avec le cœur de Dieu. "Demander mal" c'est peut-être de­mander des choses qui n'ont pas à être demandées. C'est peut-être demander ce qui n'est pas l'objet de la prière.

Alors revenons à la dernière phrase de cet évangile. Jésus a pris d'abord la comparaison d'un homme dérangé la nuit par un importun, puis un père de famille. "Si son fils lui demande un poisson lui donnera-t-il un serpent, etc …" puis Il termine en di­sant : "Si donc, vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il du bien à ceux qui l'en prient ?" Donc Dieu n'est pas obligé, si nous l'en prions, de nous faire réussir aux examens, de nous faire trouver une place au parking ou ce qui est plus important, de guérir une personne à laquelle nous tenons beaucoup. "Dieu donnera l'Esprit saint à ceux qui l'en prient !" Si nous prions mal si nous n'obte­nons pas ce que nous demandons, c'est que nous ne demandons pas ce qui est nécessaire en vérité à notre vie. Il faut demander à Dieu l'Esprit saint pour que Dieu nous le donne. Dieu ne nous donne pas n'im­porte quoi, Il nous donne ce qui nous permet de trans­former intérieurement notre vie et aussi donc nos dé­sirs et aussi nos besoins, de telle sorte qu'ils s'orien­tent vers ce qui est véritablement le but, l'accomplis­sement de notre vie. Demander l'Esprit saint pour pouvoir lire à l'intérieur de nous et autour de nous dans les événements et dans tout ce qui se passe, lire ce cheminement de la grâce. Non pas que la maladie ou la mort ou l'échec de telle personne qui nous est chère fasse partie de ce qui va vers le Royaume, mais justement le rôle de l'Esprit Saint, c'est de réorienter, par l'amour qui est dans notre cœur, de réorienter tout, même le mal, vers le Royaume, de faire en sorte que même ce qui est douleur, ce qui est scandale, et dans beaucoup de cas, perdre ou voir souffrir quelqu'un que nous aimons, c'est un scandale, d'ailleurs autant pour le cœur de Dieu que pour le nôtre. Seulement Dieu n'est pas un grand manitou qui retient ou déchaîne les microbes selon les circonstances. Par contre ce que Dieu fait, c'est de nous donner l'Esprit saint pour que, même à travers cette épreuve, même à travers cet événement grave et peut-être intolérable, nous puissions lire un message d'amour, en tout cas une invitation à aimer qui puisse, pour nous, pour celui que nous aimons et qui est l'objet de cette épreuve, lire une signification qui puisse le conduire vers le Royaume.

Alors reprenons l'oraison du début de cette messe : "Dans ton amour inépuisable, Tu combles ceux qui T'implorent. Répands sur nous ta miséri­corde". L'Esprit Saint, la miséricorde c'est la même chose, c'est l'amour de Dieu, "en donnant plus que nous n'osons demander ". Nos désirs sont parfois un peu trop terrestres, un peu trop immédiats ou myopes. Nous demandons des choses et Il nous donne sa vie, Il délivre notre cœur de ses soucis en les récréant en leur donnant un sens et en nous permettant de les lire de façon plus profonde afin d'aller vers Lui.

 

 

AMEN