LA VENUE DU CHRIST
Ap 14, 1-7 ; Lc 17, 20-37
(17 novembre 1989)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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et évangile nous présente trois modes de présence de Dieu parmi nous.
Il y a d'abord la présence du Christ aux jours de sa vie sur la terre, cette présence familière, humaine, quotidienne de Jésus avec ses disciples qui pouvaient le voir, le toucher. Cette présence merveilleuse dont ils ont eu le privilège et dont ils se font l'écho quand saint Jean nous dit :"Ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l'annonçons". Et le privilège des disciples nous est transmis à travers l'évangile qui répand jusqu'aux extrémités du monde et du temps le témoignage de ceux qui ont vécu dans sa familiarité permanente. Cette présence qui n'était pas seulement le fait qu'Il soit là, car encore fallait-il reconnaître en Lui ce qu'Il était et beaucoup de juifs ont côtoyé Jésus sans pour autant le reconnaître pour ce qu'Il était. Présence de foi déjà et présence qui est le fondement de toute notre foi, car c'est parce que Jésus est venu sur la terre, c'est parce que Pierre, Jacques, Jean et les autres ont pu le voir, le toucher et parler avec Lui, que nous sommes enracinés dans cette foi sur leur témoignage. "Vous désirerez voir un seul des jours du Fils de l'Homme et vous ne le verrez plus" car le Fils de l'Homme ne peut pas rester éternellement dans cette proximité avec nous. Au terme de son existence humaine, Il passe aussi par la mort, comme chacun d'entre nous, et au-delà de la mort dans la Résurrection éternelle.
Un deuxième mode de présence est développé dans cette page C'est cette irruption du Christ au dernier jour. "Comme l'éclair qui resplendit d'un point du ciel jusqu'à l'autre." Cette irruption aura lieu au dernier jour, quand toutes choses seront consommées, quand le Christ viendra de façon abrupte, inattendue, surprenante. Et la page d'évangile insiste sur cette surprise. "Il en sera comme du temps de Noé, on mangeait et l'on buvait et tout à coup le déluge est venu" ou bien "comme au temps de Lot : on mangeait, on vendait, on achetait, on prenait femme et tout à coup, la flamme est descendue sur la ville." Mais cette irruption du Christ, cet avènement subit existe aussi déjà dans notre vie personnelle, quotidienne. C'est ce qu'on appelle "la conversion". Certains d'entre nous connaissent ce moment où la foudre se déchaîne sur leur existence et où le Christ qui jusque-là leur était étranger s'impose, en quelque sorte, à eux. Et dans ce mode de présence du Christ, il y a aussi ce qui se passera pour chacun d'entre nous, au moment de notre mort, quand, tout à coup, se révélera à nous "son visage", quand, tout d'un coup, nous serons transplantés en sa présence. Alors nous serons éblouis par cette lumière qui vient de Lui. Ce mode de présence, cette irruption brutale du Christ dans notre vie peut être vécue de façon positive, comme un émerveillement, un éblouissement, comme l'accomplissement du désir que portait notre cœur. Il peut être vécu aussi de façon terrible, comme une surprise : "Je viendrai comme un voleur !" comme une rupture, comme quelque chose qui vient déranger le cours de notre vie. Tout dépend de la manière dont nous nous sommes préparés à cette irruption du Christ. Si nous avons vécu en étranger par rapport à Lui, alors nous risquons fort d'être surpris et la venue du Christ, au moment de notre mort comme au moment de notre conversion, risque d'être déchirante, traumatisante. Si au contraire, a grandi jour après jour notre attente, notre désir, alors la venue du Christ sera aussi surprenante mais dans sa gloire et son accomplissement, alors elle sera comblante.
C'est pour cela qu'il y a une troisième présence du Christ."Le Royaume de Dieu, dans sa venue", or c'est Jésus en personne ce Royaume de Dieu, ne se laisse pas observer. On ne peut pas dire : "Le voici ! le voilà ! car, en vérité, le Royaume de Dieu est au milieu de vous !" Cela c'est la présence cachée, secrète, permanente, profonde, intime, intérieure, invisible du Christ en nous, par sa grâce, par son Esprit, par le souffle de sa respiration qui anime le plus profond de notre cœur. C'est précisément si nous nous laissons saisir par cette présence discrète, cette présence si délicate du Christ et de son Esprit Saint en nous, si nous nous laissons modeler, imprégner, jour après jour, par cette présence a peine saisissable, que nous serons prêts à la révélation du Christ quand Il viendra dans la gloire. Car cette présence sécrète aura façonné notre cœur, aura fait grandir notre désir de telle sorte qu'au moment où le Christ arrivera, nous serons surpris certes car Il sera encore plus beau que ce que nous attendions, mais cette surprise viendra accomplir et combler notre désir et non pas briser la quotidienneté distraite d'une vie passée loin de Lui.
Nous fondant sur le témoignage des apôtres qui ont touché le Christ, sachons reconnaître en nous cette présence mystérieuse et intime du Christ au cœur de notre vie, afin d'être comblés dans la joie par sa venue quand elle se réalisera, soit à la fin du monde, soit à l'heure de notre mort.
AMEN