DIEU ET LE PÉCHEUR
Ap 4, 1-11 ; Lc 13, 1-9
(6 novembre 1989)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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ette page d'évangile à laquelle on ne prête pas souvent attention touche au problème du mal ou plus précisément aux rapport du pécheur avec Dieu. Pour la plupart des contemporains de Jésus, comme pour beaucoup d'entre nous, les catastrophes et cataclysmes sont une punition infligée par Dieu. Les galiléens révoltés que Pilate avaient fait exécuter, étaient morts à cause de leur péché, pensait-on. Ceux qui étaient morts lors de la chute de la tour de Siloë, avaient sans doute aussi été punis de leurs fautes. Et nous raisonnons souvent de cette manière quand nous disons : "Qu'est-ce que j'ai fait au Bon Dieu pour qu'Il m'envoie tel malheur ? telle épreuve?" Nous faisons souvent ce rapprochement entre les cataclysmes maladies ou accidents ou guerres et une action volontaire de Dieu.
Jésus prend position contre cette explication. Ces galiléens révoltés et sanguinaires n'étaient pas de plus grands pécheurs que les autres. Ce n'est pas parce qu'ils étaient de plus grands pécheurs que cela leur est arrivé. Autrement leur exécution, pas plus que la chute de la tour de Siloé n'a trait et rapport avec la situation pécheresse de ceux qui en sont les victimes. Il n'y a pas de rapport direct entre les accidents et le caractère de pécheur de ceux qui les subissent. Mais dit Jésus : "Si vous ne faites pas pénitence, si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous ! " Non parce que Pilate vous exécutera ou qu'une autre tour s'écroulera sur vous, mais vous périrez d'une façon bien plus grave, vous périrez dans votre cœur
Car ce qui tue le plus profondément l'homme c'est ce péché dont nous sommes tous pécheurs autant que ces révoltés de Galilée et que gens de Jérusalem qui se trouvaient par hasard à proximité de la tour lors de sa chute. Nous sommes tous pécheurs, nous devons tous faire pénitence, sans quoi nous ne vivrons pas, non pas parce que Dieu nous tuera ou nous punira, mais parce que le péché nous tuera. C'est notre péché à nous qui est la cause de notre mort spirituelle, la plus grave de toutes.
Alors quelle est l'attitude de Jésus ? quelle est l'attitude de Dieu par rapport au pécheur ? Jésus prend soin de nous donner une parabole. Ce figuier stérile qui ne donne pas de fruits, que le maître vient visiter régulièrement sans jamais trouver les fruits qu'il en attend, ce figuier stérile c'est l'image du pécheur, c'est notre image à tous. Nous sommes tous des arbres qui ne produisent pas de fruits, parce que le manque d'amour nous empêche de donner des fruits d'amour, les seuls fruits qui vaillent aux yeux de Dieu, les seuls fruits qui en vaillent la peine. Nous ne portons pas de fruits. Et alors nous pourrions penser que Dieu va nous arracher. "Pourquoi user la terre pour rien ?" Mais voilà la véritable attitude de Dieu, c'est la réponse de la parabole : "Laissons-le encore une année. Creusons autour pour mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il des fruits à l'avenir ?" Voilà la patience et la miséricorde de Dieu vis-à-vis des pécheurs. Quand nous ne donnons pas de fruits, Dieu redouble d'efforts. Il va faire surabonder sa grâce, afin que peut-être notre stérilité soit vaincue par ce surcroît de grâce. Au lieu de couper et de jeter au feu les pécheurs, Dieu essaie par tous les moyens de les supplier de porter du fruit.
Notre péché produit dans le cœur de Dieu un désir plus grand encore de nous sauver. Alors nous ne devons pas nous dire : continuons à ne pas nous en faire, péchons puisque Dieu est miséricordieux. Mais nous devons nous dire : la tendresse de Dieu est si grande que mon cœur a beau être stérile, mon cœur a beau être dur et froid, il va être brisé par cette tendresse, cette miséricorde de Dieu qui vont le toucher et le transformer en un cœur capable d'aimer, un cœur capable de tendresse.
Que cette eucharistie nous convertisse pour nous tourner avec confiance vers ce Dieu de miséricorde qui nous pardonne sans cesse, mais non pas pour que nous continuions à pécher, mais pour que nous sortions de ce mal qui nous tue, pour qu'enfin nous vivions.
AMEN