VIN VIEUX, VIN NOUVEAU

Jb 39, 5-12 ; Lc 5, 29-39

(11 octobre 1989)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

M

ise à part la dernière phrase de ce passage qui semble contredire le reste des paroles de Jésus et qui a été ajoutée par Luc, car elle ne se trouve pas dans les passages parallèles de Matthieu et de Marc et qui peut être interprétée par le fait que les pharisiens refusent la nouveauté du mes­sage de Jésus, voulant s'en tenir à la Loi ancienne, comme les amateurs de vin préfèrent le vin vieux au vin nouveau, mise à part cette phrase, le sens de cette page d'évangile est clair. Jésus apporte un renouvel­lement, un renouvellement radical puisque ce n'est plus l'observance de la Loi, ce n'est plus l'approfon­dissement de la vie intérieure, de la vie morale qui sauve, ce ne sont plus les forces de l'homme qui lui permettent, tant bien que mal, si elles arrivaient à la perfection à laquelle elles n'arrivent pas, de le sauver, mais désormais Dieu appelle les pécheurs parce qu'Il les appelle au nom de sa miséricorde et de son par­don.

Cet enseignement radicalement neuf de Jésus doit être accueilli avec un cœur neuf. Comme on met du vin nouveau dans des outres neuves et comme on ne peut pas recoudre une pièce de tissu neuf sur un vieux vêtement. Cela veut dire qu'il faut savoir faire table rase ou en tout cas sortir de nos idées toutes faites, de nos préjugés, de ce qui se transmet de génération en génération, pour écouter le message de Jésus. Exactement comme les pharisiens auraient dû prendre ce que Jésus disait, accepter de remettre leur cœur à neuf et non pas garder tous leurs principes, toutes leurs idées déjà établies qui inévitablement allaient jurer avec cet enseignement nouveau, comme le vieux vêtement sur lequel on recoud cette pièce de tissu toute neuve.

L'enseignement de Jésus suppose un cœur neuf, c'est-à-dire un cœur ouvert, un cœur débarrassé de toute idée préconçue. Il faut accepter que l'ensei­gnement du Christ remette en question tout ce que nous pensons, tous nos à priori. Il faut nous mettre à l'école du Christ. Et cela qui est vrai des pharisiens, qui a été vrai des premiers chrétiens, est vrai de cha­cun de nous à tout instant. Il faut nous laisser interro­ger par l'enseignement du Christ. Il faut que nous donnions notre adhésion sans partage, sans arrière-pensée, sans préjugé qui demeurerait. Non pas que nous perdions notre jugement, il ne s'agit pas de de­venir béats et de se laisser dire n'importe quoi, mais il s'agit de ne pas traîner avec soi toutes sortes de prin­cipes déjà établis par nos propre moyens et qui vien­draient concurrencer ou bémoliser l'enseignement du Christ. Si nous croyons au Christ, c'est une remise totale entre ses mains que nous devons faire. Nous devons accepter qu'Il soit le point de départ de notre pensée, de notre manière de vivre, de notre manière d'être.

C'est ce bouleversement si radical, c'est cette remise en ordre de fond en comble qui est la foi. C'est pourquoi il n'est pas facile de se convertir car il faut accepter que telle ou telle chose qui nous plaît bien et qui nous était familière soit éventuellement balayée ou en tout cas revue dans un éclairage nouveau qui, au premier abord nous surprendra ou peut-être même nous choquera et qui ne révélera sa profondeur et sa valeur qu'à la longue. Que cette parole de Jésus soit pour nous toujours nouvelle. Laissons-la surgir en nous pour l'accueillir avec un cœur toujours disponi­ble, un cœur toujours renouvelé, un cœur toujours débarrassé de tout ce qu'il comporte en lui, non seu­lement de péché ou de scories, là n'est pas la question, mais notre cœur encombré aussi de toutes nos pensées personnelles qui ne s'adaptent pas facilement à l'en­seignement de Jésus. Que cette eucharistie soit pour nous l'occasion d'un renouvellement du cœur en nous remettant entre les mains du Christ sans appel.

 

 

AMEN