LA PATIENCE DE DIEU
1 Co 7, 1-6 ; Lc 13, 1-9
(20 octobre 1988)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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ans ce propos d'actualité contemporain de Jésus qui rappelle deux événement qui nous sont tout à fait étrangers, que ce soit l'histoire des Galiléens dont le sang a été mêlé à celui de leurs victimes ou que ce soit la chute de la tour de Siloé qui a écrasé dix-huit personnes,vient s'insérer la parabole du figuier stérile ou plutôt de la patience de Dieu. Celui qui possède ce figuier demande un délai pour qu'il puisse encore porter des fruits.
Les propos d'actualité rapportés à Jésus lui ont permis non pas de répondre à la question de l'origine du mal, de la souffrance de l'innocent, mais de répéter une nouvelle fois qu'il faut faire pénitence. Cela veut dire que, quelle que soit notre issue, qu'elle soit accidentelle ou le résultat d'une maladie, c'est notre péché qui donne la mort et non pas une maladie, un accident ou les choses vis-à-vis desquelles nous restons des innocents. Il est une chose certaine, et c'est pourquoi le Christ rappelle avec tant de force une exhortation à faire pénitence, c'est que le fruit du péché c'est la mort et la mort définitive. C'est cela l'enseignement du Christ dans cette petite péricope. Il nous rappelle qu'il nous faut réclamer la vie et pour réclamer la vie, il faut opérer en nous la conversion du cœur et le changement radical qui nous fait aspirer, par un désir profond, à la vie même de Dieu.
Le Christ ajoute que sa patience sera grande pour nous laisser le temps de nous retourner. Comme du fumier autour du figuier, Il mettra autant de grâces qu'il faudra, autant de trous et de moyens et de méthodes, pour que nous puissions recevoir cet engrais nécessaire afin que, un jour, nous nous retournions réellement vers Lui. Mais lorsque nous évoquons cette nécessité de nous convertir et de nous retourner, peut-être la première chose serait-elle de prendre conscience que nous avons une âme et qu'il nous faut vivre avec. Finalement beaucoup d'hommes sont ignorants de cette nécessité de conversion parce qu'ils ignorent leur âme ou ne savent pas vivre avec leur âme.
Pour expliquer ce que je viens de dire, je voudrais simplement citer Bernanos qui écrit dans le Journal d'un Curé de Campagne, ce petit texte extrêmement éclairant.
"Beaucoup d'hommes n'engagent jamais leur être, leur sincérité profonde. Ils vivent à la surface d'eux-mêmes et le sol humain est si riche que cette mince couche superficielle suffit pour une maigre moisson qui leur donne l'illusion d'une véritable destinée. On se dit avec épouvante que des hommes sans nombre naissent et meurent sans s'être, une seule fois, servi de leur âme, réellement servi de leur âme, fût-ce pour offenser Dieu. La damnation ne serait-elle pas de découvrir, trop tard, beaucoup trop tard, après la mort, une âme absolument inutilisée, encore soigneusement pliée en quatre et gâtée comme certaines soies, faute d'usage ?"
AMEN