LA VÉRITÉ

Am 7, 10-17 ; Lc 6, 39-45

(20 septembre 1988)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

C

es quelques commentaires du Christ achèvent un long discours dont les premiers paragra­phes, extrêmement violents puisqu'ils dénon­çaient de façon extrêmement claire l'hypocrisie, spé­cialement des pharisiens, de tous ceux qui vivent ex­térieurement sans que le fond de leur être soit en har­monie avec ce qu'ils veulent exprimer.

A travers ces quelques propos qui ressem­blent à une sagesse paysanne, le Christ nous renvoie à nous-mêmes à travers une réalité qui rassemble ces divers éléments, cette réalité qui est la vérité. "Un arbre bon ne donne pas de mauvais fruits" et inver­sement. "Un aveugle qui conduit un autre aveugle tombe dans un trou". Cette vérité de nous-mêmes est une sorte de condition pour connaître la vérité que le Christ vient nous apporter. Cette vérité a un corollaire qui est l'humilité. "Le disciple n'est pas plus grand que son maître".

Au fond, ces quelques paroles extrêmement simples nous rappellent les deux conditions pour ac­cueillir le royaume de Dieu, pour accueillir "Celui qui seul est bon", pour accueillir Celui qui seul a le regard clair et posé sur nous et sur toute situation. Ces deux dispositions sont l'humilité de ce que nous sommes, nous ne sommes que disciples. Etre disciple, c'est accepter d'avoir un maître et c'est accepter que ce maître, en confiance, nous conduise à cause de la clarté de son regard sur nous et sur les choses du monde.

C'est aussi accepter de ne pas vouloir devenir le Maître des autres, car nous sommes aveugles par notre péché et nous n'avons pas à conduire les autres, car alors nous tombons dans un trou. Peut-être avons-nous simplement à dire aux autres que celui qui nous guide nous guide toujours vers la lumière et jamais vers le mensonge, vers l'obscurité, vers tout ce que représente symboliquement ce trou dans lequel nous tombons. Cette humilité est une condition nécessaire pour vivre avec ce maître qu'est pour nous le Christ.

La deuxième condition c'est la vérité. Non pas la vérité objective, non pas la vérité de Dieu ou des choses, mais la nôtre propre, la vérité de ce que nous sommes, notre vérité intérieure. Et nous sommes pé­cheurs, et nous sommes dans un état de cécité, et à cause de cela nous sommes dans un état qui fausse notre regard et qui fausse apparemment la réalité ob­jective. C'est ce que veut dire cette très courte para­bole de la poutre dans notre œil qui déforme com­plètement notre regard. Quand on sait que le moindre grain de poussière nous empêche de voir clair, qu'est-ce que ce doit être de cette poutre ? C'est une image qui est suffisamment parlante pour ne pas être déve­loppée davantage.

Ainsi, à travers ces quelques paroles, le Christ aujourd'hui se situe comme maître, maître de bonté car c'est Lui l'arbre qui ne donne que des fruits de bonté parce qu'il n'y a en Lui aucun péché, rien de mauvais. Et Il est ce maître au visage clair parce qu'Il est le resplendissement de la lumière de Dieu. C'est dans cette bonté qui vient du Christ, c'est dans cette lumière qui nous conduit sur notre route qu'aujour­d'hui le Christ nous propose de nous disposer, de nous retrouver en disciples.

 

AMEN