VOUS N'AVEZ PAS COMPRIS
Dn 11, 36-40+45 ; Lc 13, 22-35
(29 octobre 1987)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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I |
nvectives de colère. Le Seigneur s'adresse, avec un regard noir, à tous ceux qui L'entourent en disant : "Vous n'avez pas compris. Vous n'avez pas entendu la parole qu'ont lancée les prophètes avant Moi !" De fait ce passage s'inscrit dans cette longue invective propre aux prophètes. Si le Christ va jusqu'à traiter Hérode de "renard", s'Il fustige les pharisiens qui l'entourent avec une colère contenue mais à la fois très violente, c'est qu'Il reprend cette longue prédication des prophètes.
Mais entendre cet évangile comme une simple colère du Christ serait le réduire à un sentiment humain et oublier le déploiement même du dessein de Dieu. Dans ce passage se dressent trois figures. La première est celle de la sainteté de Dieu qui ne peut admettre ni pénétrer le mal qui s'oppose au dessein d'amour de Dieu, qui ne peut détruire ce cœur endurci, desséché qui ne se laisse pas atteindre par le fleuve de la Parole et de la grâce. La sainteté de Dieu c'est le fait que Dieu est tout autre, tout différent de nous, comme éloigné de nous par cette sainteté, par sa caractéristique propre.
Et pourtant la seconde figure de ce passage c'est le pauvre, l'opprimé comme les béatitudes le diront bienheureux, celui qui est la victime de l'injustice des hommes. Et la sainteté de Dieu prend fait et cause pour le pauvre et pour l'opprimé.
Et en face de ces deux figures en apparence si paradoxales et contradictoires se dressent celles des sourds, de ceux qui ont bu, mais n'ont pas voulu se réjouir du Royaume de Dieu, de ceux qui ont mangé mais qui n'ont pas goûté à la saveur du salut de Dieu.
De quel côté sommes-nous ? Sommes-nous du côté de celui qui reconnaît que nous sommes pauvres, même si nous participons à l'injustice par un certain angle ? Demandons de rencontrer, de communier, de nous imprégner de cette sainteté à laquelle nous sommes appelés. Ou bien sommes-nous du côté de celui qui n'entend pas, de celui qui se refuse à entendre cette parole de conversion, d'entendre cette parole de colère qui est comme le face-à-face, le conflit ultime qui va mener Jésus à Jérusalem, au sommet de la croix ? Sommes-nous du côté de celui qui refuse d'ouvrir son cœur, d'ouvrir sa vie à cette autre Parole, cette Parole qui vient de loin, du cœur même de la sainteté de Dieu ?
Si Jésus parle comme les prophètes c'est qu'Il tente de renouer le début et la fin de l'histoire de Dieu face aux hommes. C'est qu'Il tente de leur redire qu'il n'y a qu'un seul cœur, qu'une seule volonté de la part de Dieu que de déployer, que de montrer, que de prouver, que de donner sa sainteté comme en pâture, afin que l'homme se sauve, soit sauvé et puisse ainsi communier à cette sainteté. La sainteté de Dieu c'est cette hauteur fantastique de Dieu qui n'est actuellement visible que dans la pauvreté, que dans la miséricorde, que dans celui qui est opprimé. Et c'est dans ces figures-là que Dieu se révèle le plus grand, car les pauvres n'ont rien d'autre à faire valoir que ce qu'ils peuvent recevoir. Et c'est justement ce que les autres ne peuvent entendre et ne peuvent comprendre car ils ne veulent pas recevoir.
Alors, devenons des vrais pauvres en ce sens que nous avons faim et soif, et que nous voulons, nous aussi, non pas critiquer ou peser le dessein de Dieu, mais le recevoir comme un don, comme un don total qui est celui de cette sainteté et qui va mener Dieu jusqu'à la croix, jusqu'à donner sa vie.
AMEN