2000 PORCS
Dn 4, 1-2+7-14 ; Lc 8, 26-39
(25 septembre 1987)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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I |
l n'y aurait que la première partie de cet évangile, nous pourrions dire sans problème, d'ailleurs c'est vrai, que ce passage raconte un exorcisme, c'est-à-dire le face-à-face entre Jésus-Christ, Fils de Dieu venu sauver les hommes, et Satan, père du mensonge, prince de ce monde. De fait, analysant la première partie de ce texte, nous avons droit au combat réel de Dieu avec Satan. Finalement, l'homme n'est que le passage de Satan, puisque dans l'évangile de Luc comme dans celui de Marc ou de Matthieu, il est spécifié que l'homme est passif par rapport à la possession et que le démon s'est emparé de lui sans raison. Le propre péché de l'homme n'a finalement rien à voir avec cette possession. Le Christ vient, guérit, sauve et aussi exorcise.
Le problème de cet évangile vient de la seconde partie, du troupeau de porcs. Les juifs n'élevaient pas les porcs pour la simple raison qu'il était un animal impur. Mais nous nous trouvons là en région étrangère, peuplé par les hellénistes, et il est concevable que certains élevaient les porcs pour ceux qui pouvaient en manger. Mais le gros problème vient du nombre des porcs. Cela vous fait peut-être rire, mais deux mille porcs, c'est énorme. Et comme dirait une brave sœur de Fribourg à qui l'on avait affirmé que le lac de Tibériade était aussi grand que celui de Genève : "Comment Jésus a-t-il toléré qu'on ait pu ainsi salir le lac ?" La réflexion est naïve, mais le nombre pose un problème.
Un deuxième problème est de nature géographique. Il n'y a pas sur la côte de Gérasa, d'escarpement qui domine le lac. Tout au contraire le rivage est très doux à cet endroit. Cette seconde partie laisse donc sous-entendre qu'on aurait ajouté un peu de merveilleux. Personne n'en sait rien et il est fort possible qu'il y ait eu alors un escarpement qui nous ait échappé et même deux mille porcs.
Je retiens simplement que le merveilleux s'attache toujours aux événements de Dieu non pas pour nier l'authenticité des faits. Je prends pour exemple notre propre histoire chrétienne. Quand il nous arrive quelque chose avec Dieu, ce n'est pas souvent, mais cela peut arriver, et que nous voulons en témoigner ("Retourne chez toi et raconte ce que Dieu a fait pour toi !"), quand nous voulons témoigner auprès de nos proches, de nos frères et sœurs de ce que Dieu fait pour nous, pour en dire vraiment la profondeur, l'étendue, l'immensité de l'amour goûté ou révélé ou d'un Dieu qui est passé tout prés de nous par un événement, par Lui-même ou par une parole où nous avons senti un court instant la dimension infinie, comment pouvons-nous le raconter si ce n'est en y ajoutant, non pas pour mentir mais pour tenter de dire cet extraordinaire, en y ajoutant un peu de merveilleux ?
C'est vrai pour de nombreux événements de l'Ancien Testament. Personne ne saura jamais ce qui s'est réellement passé durant l'Exode. Peu importe pour nous ! personne n'a à mesurer la hauteur des vagues qui entouraient les hébreux lorsqu'ils traversèrent la mer Rouge, mais ce qui est vrai c'est qu'ils ont traversé la Mer Rouge, comme ce qui est vrai ici c'est que le possédé a été délivré et a retrouvé son bon sens. Et pour tenter de dire l'extraordinaire puissance de Dieu manifestée dans l'un et l'autre cas, les hommes sont tentés d'utiliser le merveilleux, ce qui nous amènerait à douter de l'événement proprement dit. Avant d'en arriver là, acceptons qu'un certain merveilleux se soit glissé et qu'il est signifiant pour révéler l'immensité de l'expérience de l'homme qui a rencontré Dieu et qui tente de le dire par des mots maladroits.
Rappelez-vous simplement le Magnificat de Marie, dans lequel le mot de "merveilles" est aussi prononcé, et reconnaissons devant le Christ que nous ne savons pas lire ces merveilles et que nous devons apprendre à les reconnaître. Par ce corps et ce sang que nous allons prendre aujourd'hui, demandons au Christ d'avoir le cœur, comme Marie, un cœur qui sache exalter les merveilles du Seigneur.
AMEN