LA LUMIÈRE
Dn 3, 46-56 ; Lc 8, 16-21
(23 septembre 1987)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
|
C |
es images de lumière à ne pas mettre sous le boisseau ou sous le lit, mais à placer de façon qu'on puisse la voir de loin, nous rappellent que le Christ fait souvent appel à l'imaginaire pour fixer notre attention, pour dessiner les étapes de notre vie spirituelle.
De fait je crois qu'il est important d'aider notre imagination qui a pour but de guetter quelques images qu'elle associe, qu'elle construit de façon peut-être souvent désordonnée, je crois qu'il est important d'associer notre imagination pour aider notre âme à monter et à chercher Dieu. Quand je pense au mot lumière, j'y associe souvent le mot de vigilance.
En effet, une flamme vacille au moindre vent qui fait souffler et éteindre la bougie Il faut toute une vigilance pour que cette bougie reste allumée et que nous puissions toujours voir cette lumière malgré les bourrasques qui pourraient l'éteindre. Le mot vigilance est important pour la prière et la recherche de Dieu. C'est le titre de notre comportement qui doit rester comme tendu vers le Christ. Celui qui est vigilant, c'est celui qui est tendu vers l'avant, de façon à ne jamais dévier d'un pouce du chemin qu'il s'est fixé et qui tente, par une mobilisation générale de toute son énergie, d'atteindre le but, le Christ, lumière, salut.
Je vous propose deux images tirées non de l'évangile mais de quelques écrits spirituels, pour aider à votre propre prière. Je les propose souvent aux enfants, et je pense que, dans le domaine de la prière, nous sommes souvent des enfants.
La première, c'est comme un fil. Je parle ici à l'imagination. Il ne s'agit pas d'un réalité spirituelle en tant que telle mais de façon à guider l'imagination à calmer son désordre et à diriger notre esprit vers Dieu. Je parle d'un fil ou d'un chemin, comme d'une trace légère que le Christ aurait commencée en nous, dont nous retrouverions la trace, justement, et qui nous aiderait à voir que, au bout, le Christ se tient. Quand nous prions, le silence qui s'impose à nous ou que nous nous imposons pour chercher Dieu nous le vivons comme un espace un peu lourd, parfois pesant. Dans ce silence, il faut tenter de retrouver la trace de Dieu.
Le Christ vient à nous de façon différente pour chacun. Il y a comme une musique préparatoire, il y a comme une façon dont le Christ marche à notre rencontre. Et nous devons apprendre à reconnaître le bruit des pas de Dieu. Dans la Genèse, après le péché originel, lorsque Dieu se promène le soir et recherche Adam : "Adam ! Du es-tu ?" Adam et Eve "reconnaissent le pas de Dieu." Le chrétien est celui qui apprend, dans sa vie, à reconnaître ce pas de Dieu. Ainsi, reconnaissant ce pas de Dieu, nous nous y fixons, et nous tirons de ce pas comme un fil, de façon à rester toujours tirés par Lui. Que ce fil soit de laine ou de lin, peu importe, nous savons qu'au bout de ce fil, Dieu se tient présent, solide et ferme. Fil ténu, parfois léger, parfois soulevé par le vent du monde, mais dont nous savons que l'extrémité est tenue par le Seigneur Lui-même.
La seconde image c'est celle d'un vase vide. L'expression n'est pas très jolie, mais je l'aime beaucoup parce que nous avons à être remplis de Dieu comme un vase est destiné à être rempli d'eau ou d'un autre liquide. Nous devons être un "lieu" où Dieu peut passe où Dieu peut s'épancher. J'aime bien penser que nous sommes, là aussi le mot n'est pas très beau, mais tant pis ! nous sommes des "lieux de vie de Dieu", des endroits où la vie de Dieu se manifeste, dans sa mort et dans sa Résurrection. Parce que nous sommes nous aussi des Christs vivant de cette même vie du Christ, nous avons à vivre et à participer pleinement à la vie du Christ. Nous devons donc être remplis de la vie même de Dieu afin que Dieu se manifeste par nous. Et c'est bien cela qui est dit dans l'évangile lorsqu'il est question de lumière et d'écoute. Pour pouvoir témoigner et manifester cette vie de Dieu, nous devons être transparents à cette lumière et ouvrir toute grande notre oreille pour écouter et recevoir cette Parole qui veut nous remplir.
Je vous livre tout simplement ces deux images du fil et du vase à remplir pour vous aider lorsque dans l'oraison plus rien ne se fait entendre, ou le silence se faisant un peu lourd, nous avons plutôt envie d'abandonner la recherche de Dieu. Restons "assis" ou à genoux" devant Lui, essayant de fixer notre être tout tendu vers Lui, pour être remplis de sa miséricorde et de son amour, et ainsi devenir à notre tour des agents de miséricorde et d'amour pour le monde.
AMEN