POUSSÉ PAR L'ESPRIT
Dn 2, 1-6+10-12 ; Lc 4, 14-30
(9 septembre 1987)
Homélie du Frère Michel MORIN
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ne attention plus précise à quelques uns des gestes du Christ qui nous sont transmis dans cet évangile peut nous aider à entrer plus profondément dans ce mystère de la Parole de Dieu.
Il nous est dit que "Jésus est poussé par l'Esprit." C'est cet Esprit qui avait soufflé depuis les premiers jours du monde sur la création nouvelle, c'est cet Esprit qui avait ouvert le cœur des prophètes à la nouveauté, au-delà même de toute création, qui était l'amour permanent de Dieu pour le monde et pour les hommes. Et en lisant ce passage d'Isaïe, le Christ fait ce geste très significatif, très symbolique : "Il replie le livre, Il le donne au servant et le range", un peu comme si l'affaire du passé était désormais "classée".
Et c'est vrai que, d'une certaine façon, le Christ vient signer la fin de ce que nous appelons l'Ancien Testament. Non pas que tout ce qui s'y est passé soit aboli, mais désormais, tout ce qui a été dit, écrit, dans ces deux mille ans d'histoire et même avant depuis la création du monde, va devenir important non plus à cause de la chronologie de l'histoire mais à cause du "temps", du présent. Dans l'Ancien Testament, il y avait un "à venir" qui n'était pas uniquement la succession d'événements extraordinaires, même si parfois les juifs l'ont attendu ainsi, mais cet "à venir" était une personne, le Christ Lui-même. Et quand cette personne du Fils de Dieu plie le Livre et le classe, c'est que, désormais, il faut avoir les yeux fixés non plus d'abord sur l'histoire, mais sur le centre et le cœur de cette histoire, le visage de Jésus-Christ. D'ailleurs, il nous est dit aussitôt après : "Toute la synagogue avait les yeux fixés sur Lui." Cette synagogue c'est le peuple juif et Jésus dira, signifiera, de façon un petit peu forte, que désormais "tous les hommes ont les yeux tournés vers Lui", tous les hommes et non pas seulement le peuple juif, le peuple qui, dans l'histoire, a reçu la première révélation, tous les hommes, comme la veuve de Sarepta du pays de Sidon ou l'étranger syrien, Naaman.
Le Christ se présente ici comme celui qui est, de fait, poussé par le passé, envahi par l'Esprit de Dieu, et Celui qui, désormais, ouvre l'avenir. Non pas l'avenir événementiel du monde ou de notre vie personnelle, mais l'avenir même de Dieu, c'est-à-dire cette présence permanente de Dieu au milieu de notre vie, quelle qu'elle soit. Et cette présence du Christ, nous sommes invités à la regarder avec admiration. C'est au fond la seule chose qu'ici nous devrions apprendre : "tous lui rendaient témoignage et étaient dans l'admiration, à cause des paroles de grâce" qui non seulement sortaient du Livre, mais désormais sortent de sa bouche, de son cœur, c'est-à-dire de la personne même de Dieu.
Il est important pour nous de nous le redire de temps en temps. C'est le Christ et sa présence qui donne sens à notre passé et à notre avenir. Je me rappelle, ici, cette phrase de Claudel : "Le présent n'existe pas, si ce n'est qu'il est le passé qui nous pousse et l'avenir qui nous attire." Pour nous chrétiens, comme pour Claudel, ce présent, c'est le Christ. Et si de temps en temps, il nous faut plier le livre de notre vie passée et en ranger un certain nombre d'événements, ce n'est pas pour en créer d'autres différents, c'est parce que le Christ est Lui-même le sens de toute notre vie, passé, présent et avenir.
Qu'aujourd'hui et chaque jour de notre vie nous puissions, peut-être en nous détachant de certains aspects de notre vie qui nous attirent trop ou qui nous préoccupent trop, ranger le livre pour avoir le regard fixe sur ce visage du Christ, puisque c'est Lui le visage admirable car de sa bouche sortent des paroles pleines de grâce, et c'est cette grâce de Dieu qui donne sens à tout ce que nous vivons, hier, aujourd'hui et demain, puisqu'Il est non seulement inscrit dans le temps mais qu'Il est le visage de l'éternité, pour chaque instant du temps.
AMEN