LE REFUS DES INVITÉS

Ap 2, 12-17 ; Lc 13, 10-17

(6 novembre 1986)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

P

ermettez-moi de méditer quelques instants sur cette parabole, la parabole du refus de l'homme qui n'est pas de s'opposer radicale­ment à Dieu, mais de ces nombreux refus qui font que nous sommes toujours un peu en retard au rendez-vous que Dieu nous donne.

En l'occurrence dans cet évangile il n'est pas question de mépriser ces affaires humaines, mais tout au contraire de comprendre comment ces affaires humaines sont à prendre avec Dieu Lui-même, et non pas sans Lui. Il n'est pas question de mépriser ces affaires humaines comme de se marier ou d'acheter une propriété et telle ou telle chose que nous faisons tous dans notre vie, non pas de nous marier ou d'acheter des bœufs mais de vivre, mais tout au contraire de le vivre avec Dieu et non pas comme en retard ou comme en avance par rapport à Dieu.

En effet, si nous voulions poursuivre cet évangile, je crois que le Seigneur pourrait à chacun de nous. "Oui, toi qui es marié, viens au festin, ce soir avec ta femme, et nous nous réjouirons de ton ma­riage. Toi qui as fait telle chose dans ta vie, viens à ce festin, porte ces bœufs, ces troupeaux, apporte ton cadeau, apporte ta vie, et ce sera l'objet de notre joie tous ensemble, à la table à laquelle je t'ai invité."

Mais évidemment, nous vivons souvent ces richesses ou ces affaires humaines comme un obsta­cle, comme un recul, comme un retard par rapport à Dieu et nous mettons Dieu comme à côté de ces cho­ses humaines. Par cet évangile Dieu nous invite à les vivre avec Lui. Dieu nous invite à voir, dans l'instant présent où nous vivons ces affaires humaines, la pré­sence même de Dieu qui se manifeste comme une invitation.

Ainsi que le disait le Saint Père aux jeunes à Gerland, "ce n'est pas Dieu qui est absent de ce monde, mais c'est nous qui sommes absents. Dieu est toujours présent et sa présence est ineffaçable." J'en tiens pour exemple la réflexion d'un jeune de l'aumô­nerie avec lequel nous sommes partis à Sylvanès pen­dant quatre jours et qui, après une longue discussion sur le doute et la foi, discussion profonde dans la­quelle nous n'arrivions à aucune conclusion puisque le doute peut être présent même dans la foi. Le soir même après avoir prié il m'a dit : "Finalement, loin de toutes les discussions que nous avons faites, le tout était de rentrer en soi-même, de se mettre à genoux et de savoir qu'Il était là, présent au rendez-vous."

Nous qui nous heurtons souvent à l'indiffé­rence autour de nous ou au manque de foi, il n'est pas possible de convaincre vraiment et de signifier le poids et la richesse de notre foi en Lui, mais tout sim­plement d'inviter chacun de ceux que nous connais­sons, nos enfants, nos parents, nos amis, nos frères et nos sœurs, à s'ouvrir tout simplement à cette présence car Il est vraiment là, avant nous. Ainsi, dans cette eucharistie, où nous vivons cette présence d'aujour­d'hui du Christ en nous, laissons-nous rejoindre par le Christ qui est présent, afin que nous puissions, nous aussi, apporter cette présence de Dieu à tous ceux qui en ont besoin.

 

AMEN